mardi 26 juillet 2011

Fibre patriotique et transit international.


Quel ne fut pas le comble de ma félicité quand, récemment, je lus les déclarations de Christian VANNESTE (député UMP de son pétillant état), d'une justesse n'ayant d'égale que leur panache, au sujet de la proposition de Eva JOLY de supprimer le défilé militaire du 14 juillet, au profit d'un défilé citoyen.

Moi qui croyais l'instinct patriotique primaire disparu de nos campagnes, surtout depuis qu'on n'y entend plus mugir ces sanguinaires plantons, me voilà rasséréné. Mais, comme aucun de mes mots ne saurait égaler le charme délicat des propos de notre éminent parlementaire, je me permets de vous les soumettre de ce pas, un brin militaire :
 
" L'esprit munichois souffle sur ces déclarations dégoulinantes de bêtise. Comme certains fruits, certains politiques cachent sous la peau d'apparentes préoccupations environnementales la volonté gauchiste de détruire nos valeurs et nos institutions ! "

J’exultai au son de ce belliqueux discours, tel un biffin aux exhortations de son commandant, quelques instants avant l'abordage du drakkar ennemi !

Quelle indignation de remettre en question, avec la péremptoire outrecuidance des hordes barbares, cette fierté nationale si chère à nos yeux de loyaux sujets citoyens : celle de regarder ces hommes et ces quelques femmes armés, battant le pavé parisien avec fierté, là où quelques siècles plus tôt, quelques civils égarés s'adjugeaient honteusement la prise d'une Bastille que leurs congénères fortifiés leur donnaient de bonne grâce !

Quelle folie goujonne de la part de cette hérétique scandinave, qui doit encore hésiter entre saumon et foie gras pour le réveillon, si l'on en croit les propos fort appropriés du premier ministre de ces français si proches de leur armée.

Quel dédain de notre nationalité que de demander un défilé citoyen, en lieu et place de cette honorable parade mise en place au XIXème siècle, près de 90 ans après la dite révolution et la fête de la Fédération qu'il est censé célébrer. Cela au sortir d'un conflit avec ces diables de prussiens (on y reviendra plus tard) où les forces armées françaises s'étaient illustrées dans la défense émérite d'une région de France bien connue de nos ennuyeux historiens, tout comme des amateurs de Kouglofs.

Enfin, toujours est-il que si, sous l'insoutenable torture du mépris de nos illustres traditions, nous étions forcés de déporter ce défilé, non dans un wagon mais sur un calendrier, j'ose espérer que le vague discernement de nos bourreaux nous octroiera le loisir patriotique de pouvoir laisser à nos forces armées la joie de piétiner les champs – qu'ils soient élysées ou non - de leur pas cadencé, chaque 22 juin de l'année.

Et ce afin que le quidam puisse célébrer comme il se doit le souvenir de ces illustres maréchaux et généraux de l'armée française qui, quelques dizaines d'années plus tôt, donnaient aux peuplades germaniques - un tantinet élitistes - la souveraineté de la France.


Ce qui, pour rappel, n'était plus arrivé depuis un humble millénaire est qui donne ainsi la mesure de l'attachement de nos classes militaires aux véritables valeurs de la France, justifiant par la même le défilé militaire aujourd'hui controversé.

Maréchal, nous voilà !

vendredi 8 juillet 2011

A l'ombre rassurante de la passivité diurne

Souvent, la nuit, je me réveille.
Jusque-là, rien de bien original, me direz-vous.

Sauf que parfois, je m'éveille en sursaut, debout sur le lit conjugal où ma compagne - habituée - dort à poings fermés, pendant que férocement campé sur mes appuis et le torse bombé, je déclame quelque déclaration avec la vigueur et l'engouement d'un Napoléon Bonaparte, haranguant des troupes imaginaires à la veille d'un combat vaporeux. Puis, je me rendors, avec le sentiment rassurant du devoir accompli.

Néanmoins, ce matin, quand je me réveillai, je trouvai entre ma tête et le café préparé par ma douce une feuille d'un vulgaire papier recyclé, sur laquelle quelques phrases étaient notées d'une écriture nerveuse. Mon écriture. Pressentant l'ombre d'un drame nocturne interprété avec fougue pour un chimérique public, j'entamai alors la lecture.

Et voici ce que je lus...

« Françaises, Français, écoutez-moi !

Vous n'êtes pas sans savoir que la culture est en péril. Depuis des années. Et puisque nous sommes ici réunis, dans cette cave blafarde, pour en parler pendant que les hautes instances conversent du bien-fondé du capitalisme culturel, prenons l'exemple le plus probant en termes d'insulte à la Culture : la Musique.

Oui. La Musique. Car, ne soyons pas timorés et frileux : elle est aujourd'hui en voie d'extinction ! Menacée par des pièges qui n'ont de cesse que de se refermer définitivement sur elle. Mais, aujourd'hui, il nous appartient de dire STOP à l'ignominie en cours !

On nous agite des boucs-émissaires, à chaque coin de rue, parce qu'il est plus important de désigner des coupables que d'agir. Mais, tout cela n'est que mascarade éhontée, mes amis ! Car, aussi surprenant que cela puisse paraître, ce ne sont ni les pirates, ni les marchands de tapis à la solde de l'industrie musicale qui sont les plus grands responsables de ce désert qu'est devenu la Musique, en nos temps avachis.

Non.

Et je vous le dis ici, sans sourciller : les principaux fautifs, ce sont celles et ceux qui continuent chaque jour, dans une absurdité que seul le gouvernement actuel pourrait jalouser, d'écouter et de regarder les quantités astronomiques d'excrément culturel que l'on déverse à leurs pieds, par tous les moyens et médias possibles, sans émettre l'once d'un quelconque questionnement à ce propos !
 

(Premiers signes ostentatoires d'assentiment de l'auditoire)

Les dilapidateurs de culture, ce sont celles et ceux qui le soir venu, se prélassent devant une saugrenue émission de télé-réalité, se laissant ainsi choir à l'abrutissement le plus total et ce, en parfaite connaissance de cause. Ou qui prêtent une oreille distraite mais consentante à ces choses qui n'ont de musique que le nom, diffusées par nos prétendues grandes radios FM, le tout agrémenté par quelques talk-shows dont l'humour grotesque n'a plus rien à envier aux pires chansons paillardes et autres blagues grivoises !
 
(On entend des « Oui, il a raison ! » parmi les premiers rangs du public)

Les manants de la Culture, ce sont celles et ceux qui chaque weekend, le soir venu, s'entassent  comme des porcs dans des salles obscures et moites, afin de se trémousser vulgairement au son de quelque divagation musicale binaire aussi évoluée que le martellement du tic-tac qui règle le quotidien des masses assujetties ! Les fascistes de l'inculture, ce sont celles et ceux qui, chaque matin, s'arrachent les numéros de 20 Minutes et autres salissures dans les couloirs du métropolitain, dans l'illusion circonspecte d'accéder ainsi à une authentique culture, dans les quelques feuillets au rabais réservés à cet effet, et qui prônent les ersatz artistiques qu'on leur inflige comme les seules références possibles !
 
(Des applaudissements timides se font entendre).

Gagez cependant que lorsque vous énoncerez ces tristes vérités autour de vous, on vous répondra alors, drapé dans une inconsistance moribonde, que chacun est libre de faire ce qu'il veut.

Certes ! Et j'acquiesce à ce postulat.

Mais,
pas quand ces modes de pensée irréfléchie permettent d'asservir le plus grand nombre dans l’intérêt de quelques élites. Pas quand ces habitudes, que l'on a su implicitement et graduellement inculquer au plus grand nombre, nuisent à la diversité culturelle. Pas quand ces usages permettent à des personnes dénouées de la poindre parcelle d'humanité de s'enrichir sur le dos de ceux sans qui ils ne seraient rien : les artistes.

Aussi, je vous le dis : l'heure est à la révolution culturelle, mes amis !
 
(Des « Hourrah ! » se font entendre de-ci de-là, dans le public conquis)

Car, si nous ne faisons rien, restant les bras croisés, regardant notre pays sombrer dans l'apathie culturelle, nous serons condamnés à vivre dans un monde où il n'y aurait plus de musique. Plus de livre à lire. Plus d'œuvre devant lesquelles flâner, s'émerveiller ou s'évader.

Imaginez un monde sans Culture. Sans Art !

La plupart d'entre vous se dira que ce monde n'est pas vivable. Et pourtant, c'est ce monde-là que l'on vous prépare, si les choses continuent ainsi. Et que nous léguerons à nos enfants.

Aussi, en ce jour, il nous faut faire quelque chose. Brandissons le drapeau de la révolution culturelle et changeons les habitudes moutonnières. Que nos dirigeants sachent que nous ne sommes plus dupes ! Et que cela n'a que trop duré...
"

L'écriture s'arrêtait ici. Sur des gribouillis devenus illisibles. Et du souvenir lointain de ce rêve me parvenait encore la liesse de l'auditoire enflammé et conquis, prêt à brandir les armes d'une révolution passive mais irrévocable, bien décidée à en finir avec les diktats culturels en vogue...

C'est alors que le téléphone sonna : c'était le Trésor Public.