Mardi 8 février 2011. 9H30. Je viens de prendre une décision capitale quant au bon déroulement du reste de ma journée.
Je vais m'insurger.
Les motifs éventuels de cette insurrection spontanée sont nombreux et variés : je pourrais divaguer en digressions péjoratives sur ce tas errant de semblables bêlants dont il me faut supporter l'impromptue promiscuité durant les quatre prochaine heures de mon existence, emmitouflé que je suis dans un train qui n'a de confortable que le bénéfice qu'en retire la société nationale des chemins de fer. Tout comme il me serait plaisant de laisser libre cours à cette incompréhension tangible et dévouée que je traîne comme une ombre depuis une décennie, à l'égard cette même société, pour son assiduité remarquable et remarquée à collectionner les retards.
Mais, tout cela - ne serait-ce que par respect pour cette singulière misanthropie dans laquelle je me drape souvent pour vous écrire - me parait un tantinet facile et horriblement trivial. Aussi, ai-je décidé de m'attaquer en ce jour à un sujet de réelle envergure.
Un sujet sensible, car j'ai décidé de frapper de ma véhémente virulence - employée à des fins totalement vaines - les abonnés absents de l'école du bon sens, qui emploient à tout va et surtout sans y réfléchir, avec un panache endeuillé par le grotesque de leur ânerie, l'expression consacrée " Etre con comme un manche ".
Là où la plupart de vos semblables - et je vous prie de croire que cela fait beaucoup - ne voit qu'une expression populaire à employer au coin d'une discussion banale pour signifier la balourdise d'un concitoyen, je souffre de voir une grandiloquente insulte à l'encontre d'une famille d'accessoires dévouée qui, depuis des millénaires, s'emploie à servir l'homme, plus fidèlement que ne le ferait une pince à cheveux, ou encore une femme.
Songez-donc : vous amuseriez-vous à planter des clous, si les marteaux n'avaient pas de manche ? Goûteriez-vous le plaisir raffiné d'une bavette aux échalotes confites, sans un manche pour tenir le couteau avec lequel vous découpez aisément la dite viande ? Définitivement, non.
Parce que si l'on prend un instant afin d'y réfléchir, pour en arriver à décréter qu'un manche est con après lecture des exemples énoncés au-dessus, il faudrait être nécessairement encrotté jusqu'au cou dans uns stupidité affligeante, vaguement équivalente à celle qui poussa une ministre des affaires étrangères et européennes de la république française à prendre un jet privé pour survoler un pays à feu et à sang, en compagnie d'un sympathisant de l'ancien régime, quelques paires de jours seulement après avoir proposé au dictateur de cet ancien protectorat français l'expérience et la savoir-faire des services d'ordre de notre belle contrée démocratique, récemment mis en exergue lors d'une sympathique accolade avec des manifestants, en gare d'un petit village du Gard... Ou alors, il faudrait être l'innocente victime d'une suffisance que l'on ne retrouve plus guère que dans la rédaction d'un hebdomadaire musical qui répond au nom d'un jeu de mots des plus pathétiques, mais dont je tairais ici le nom, dans un souci que je prendrai soin de définir plus tard.
Ce constat dressé, quant à l'inconsistance sommaire de cette expression, vous aurez bien évidemment remarqué que la vindicte populaire veut que l'on dise ou écrive " con(ne) comme UN manche "... Pardonnez l'outrecuidance de mon indignation, mais je trouve cela proprement scandaleux ! Au nom de quelle malavisée galanterie pourrait-on privilégier une manche à son illustre masculin ?!
Sans parler de l'utilité discutable de cette dernière, comparée aux fonctions diverses et indiscutables de son viril homologue... Pensez-vous sincèrement pouvoir gravir l'Everest, avec une manche au bout de votre piolet ? Non. Le concept de manches escamotables n'est-il pas assez révélateur quant à l'intérêt divertissant de celles-ci ? Alors qu'enlever le manche du gourdin d'un agent de la force publique le rendrait soudain aussi conciliant et réfléchi que n'importe quel manifestant ferroviaire un tantinet civilisé...
En conclusion de ce brillant exposé, devant la mise à nu de l'hérésie collégiale qui entoure l'expression " Etre con comme un manche ", au regard de l'argumentation irréfutable que j'ai soumise à votre lecture assidue, devant l'implacable logique qui guida mon raisonnement empli d'abnégation pour une noble cause, je vous invite à décliner désormais cette expressions sous sa forme féminine, afin que soit enfin effacée une abjecte erreur, qui perdure depuis trop longtemps.
Aussi, dirons-nous à l'avenir : " En 2012, ne soyez pas con(ne) comme UNE manche : réfléchissez, avant de voter. Pas comme en 2007... "
PS : Le balai-brosse est TOTALEMENT exclu de ce raisonnement, de part ma seule volonté.

Que dire du manche d'un gigot ?
RépondreSupprimerEt bien que sans ce manche, on ne pourrait découper le gigot. Et donc, le déguster. En revanche, je remets en doute l'utilité d'une manche gigot...
RépondreSupprimerC'est moins sûr pour le manche d'une côtelette !
RépondreSupprimerEt que dire de l'utilité d'UNE manche lors d'un match ?
Une manchette est violemment sanctionnée, figurez-vous. En tant que faute grave et dangereuse. Ce qui n'est pas le cas d'un manchot, par exemple...
RépondreSupprimerJe parlais d'une partie d'un match, mais je crois que vous le faites exprès pour avoir raison alors que cet article est discutable.
RépondreSupprimerJe ne me hasarderais alors pas à parler de la Manche ni de son tunnel.
Sous laquelle il est inutile que je vous rappelle que bon nombre d'utilisateurs de son tunnel restent coincés, des heures durant.
RépondreSupprimerEt alors ? vous le dites vous même : les gens aiment tant la promiscuité...
RépondreSupprimerJ'ai comme l'impression que ce billet aurait du comporter d'autres exceptions dans son post-scriptum que le balai-brosse. D'ailleurs on dirait que l'on a affaire à un spécialiste de ce dernier. A moins que cette remarque ait été soufflée...
RépondreSupprimerah ah ce sont les filles qui ne vont pas être contentes ! lol
RépondreSupprimerVous prêtez à ce billet des intentions qu'il n'a pas, voyons...
RépondreSupprimerBon et le canard incorruptible il se fait déplumer bientôt ? C'est une autre paire de manches !
RépondreSupprimerJ'ai bien prévu de lui faire la peau, avant la fin du monde.
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