Ca y est : j'ai 30 ans.
Depuis le temps que l'on me parle de cet âge de raison où l'on fait des enfants sans réfléchir, j'y suis enfin !
Il me faut tout de même signaler que je n'ai pas ménagé ma peine pour entrer dans cette nouvelle décennie avec l'intégralité des approximations des trois premières. Ainsi, au fil du temps et de nombreux efforts, j'ai su muer cette incompréhension de mes semblables en une singulière misanthropie. Ce qui m'a tiré de bien des situations délicates.
Enfin, tout cela n'a guère d'importance.
Car, au final : qu'est-ce qui différencie réellement un vingtenaire d'un trentenaire, mis à part une certaine facilité à un bourgeois embonpoint accompagné d'une déliquescence des instincts révolutionnaires ?
Et bien de prime abord, cela ne saute pas aux yeux - d'autant plus que le trentenaire connait souvent ses premiers aléas ophtalmologiques - mais, quelques points sortent rapidement de l'anonymat :
1. Une volonté ferme et quasi incorrigible d'établir de navrantes généralités, au-dessus desquelles le trentenaire a la bienséance de s'installer, dans l'inconsistance sommaire de sa réflexion sur la vie.
2. Une outrecuidance notoire qui le mène à penser que le monde ne recèle plus pour lui que de secondaires secrets, que le temps finira bien par lui amener sur l'étincelant plateau de sa suffisance intellectuelle.
3. Une obstination démesurée à croire qu'il incarne la France d'aujourd'hui et qu'il doit servir d'exemple aux générations à venir.
4. Un instinct grégaire, peu commun aux autres tranches d'âge, qui le pousse à faire des choses machinales, par simple mimétisme, sans même daigner prendre le temps d'une courte réflexion sur l'essence et la raison d'être de ces choses.
5. Cette illusion, à laquelle il se crampe comme des épicentres en Haïti, qu'il a meilleur goût qu'hier et demain réunis.
Le trentenaire serait donc cet être auréolé d'absurdité congénitale qui aurait l'audace de penser que ses cadets et aînés lui doivent le respect, de part le simple fait d'exister ? Ce qui l'empêcherait par exemple de remercier la personne d'un autre âge qui, sur un trottoir trop exigu pour contenir la présence contigüe de deux êtres humains, descend sur la chaussée et prend ainsi le risque de finir sous le pneu d'un quelconque chauffard, afin de le laisser passer, lui et son manque criant d'humilité ?... Bien.
De toute façon, je ne vais pas aller plus loin dans ma réflexion. Et ce, pour deux raisons :
1. J'ai désormais trente ans et tiens à garder un minimum d'espoir, aussi incongru soit-il.
2. Je viens d'être coupé par un de mes semblables trentenaires, incapable de discerner les nuances qu'il peut exister entre les mots "zèle", "acharnement" et "stupidité".
La prochaine fois, je vous narrerai comment, alors âgé de trente ans, j'ai vilipendé le service clients de la société nationale des chemins de fer.
PS : Vous avez remarqué, vous aussi, que je fais des billets plus courts depuis que je suis trentenaire ?

Un jour, j'ai vu un crocodile manger un réveil.
RépondreSupprimerIl faisait tic-tac après, le crocodile ?
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