lundi 31 janvier 2011

L'uniformisation par l'ébullition.


Depuis notre plus jeune âge, on nous parle de phénomènes plus ou moins abstraits, auxquels il sera pour certains ardu d’échapper, une fois parvenu à l’âge adulte.

Passons outre les manifestations chroniques de l’instinct grégaire humain auxquelles peu d’individus se soustraient, comme le fait d’enfanter de manière inconsidérée, ou celui de parler de la France d’antan avec un léger mais insupportable trémolo dans la voix. Aujourd’hui, nous allons faire face à ce concept obscur qui sévit, à la faveur de la pénombre d’une quelconque inattention passagère inéluctable dans la vie de tout un chacun, pour impitoyablement entraîner ses victimes dans des abîmes insondables d’où ne parviennent que l’écho diffus et lointain de leurs plaintes monocordes : l’uniformisation.

Tout d’abord, l’uniformisation : quézako ? C’est un processus qui fait disparaître les caractéristiques distinctives des différents éléments ou individus d’un ensemble et qui tend à leur donner une forme unique. Cette notion confuse, dont vous sentez parfois le souffle putride courir sur votre nuque offerte, lorsque vous vous surprenez, entassé(e) dans une rame bondée du métro parisien *, perdu(e) au milieu d’un flot incessant d’odeurs et de senteurs humaines et fétides, supportant ce supplice pour gagner un pain quotidien vous tenant à bout de bras juste au dessus du seuil bien nébuleux de la misère, humaine et sociale. Et alors que vous promenez un regard hanté par l’incompréhension et l’épouvante de vous constater ainsi semblable à vos prochains, vous fermez les yeux, sur la foi d’un « Oui, mais moi, ce n’est pas pareil… », vous abandonnant entièrement au destin d’un train nommé Uniformisation.

Cependant, point de grands cours théoriques aujourd’hui, ni d’interminables discours. Mais, une brève démonstration en quelques étapes, réalisable par le plus grand nombre, que je me plais à penser simplement brillante. Cela afin de démontrer une bonne fois pour toutes les effets dévastateurs de l’uniformisation, au travers de ses implacables mécanismes.

Pour ce faire, point de grands besoins en matériel : une casserole, de l’eau et une source de chaleur suffiront.

PREAMBULE.

Considérons que la casserole représente la société actuelle et que les bulles sont les individus qui composent cette société, l'eau étant le socle commun sur lequel évoluent les dites entités et sa surface, le lieu où chaque jour se meuvent des millions d'être humains.

ETAPE 0.

 
Remplissez la casserole à moitié d'eau froide et posez la sur la dite source. Placez le thermostat sur le maximum des capacités du mécanisme chauffant, puis appliquez vous à une minutieuse observation des événements qui vont irrémédiablement se produire.

ETAPE 1.


Lors de cette première étape, vous pouvez voir se former sur le fond de la casserole des dizaines de bulles minuscules, générées par la répartition naissante de la chaleur sur le métal conducteur, comme des milliers de naissances dont est témoin chaque jour notre bonne vieille société dite moderne.

ETAPE 2.


Les premières bulles remontent à la surface de l'eau, comme pour explorer de leurs individualités ce monde nouveau qui s'offre à elles. Libres et indépendantes, elles se meuvent sans difficulté à la surface de l'eau, sans être gênées par leurs semblables. La casserole n'a que peu d'effets sur elles, si ce n'est celui de les pousser à grandir et à s'émanciper, leur conférant ainsi l'illusion d'une certaine liberté. Comme le ferait – n'est-ce pas surprenant ? - notre faussement bienveillante société.

ETAPE 3.
  

Un nouveau mouvement naît à la surface de l'eau : des bulles, cherchant avec hésitation leur direction sur le fil du liquide, se regroupent, formant ainsi une sorte de conglomérat plus difficile à manœuvrer, qu'il serait ardu de vouloir séparer en cet instant. Ces groupes sont ainsi moins sujets à suivre les mouvements de chaleur engendrés par la cuisson progressive et donnent l'impression quelque peu fausse d'une indépendance à l'égard de certaines obligations voulues par les lois de la physique, comme le ferait un groupe d'individus à l'égard de phénomènes de sociétés dont il voudrait résolument s'affranchir.

ETAPE 4.


Les groupes de bulles sont irrémédiablement déportés sur les bords de la casserole et s'y accolent, dans une sorte de quiétude qui ne sera en aucun cas troublée dans l'immédiat. Les autres bulles, au centre de la casserole, virevoltent en un ballet incessant à la recherche d'autres bulles, afin de s'allier en de multiples groupuscules, pour mieux résister aux effets grandissants de la chaleur, comme pour se protéger d'un danger imminent. Seules de rares bulles demeurent seules et semblent perdues et isolées au milieu de phénomènes commençant à les dépasser.

ETAPE 5.


Les groupes de bulles stationnés au bord de la casserole ont disparu, happés par les prémices de l'ébullition prochaine alors qu'ils semblaient à l'abri de tout danger, surpris qu'ils furent dans la douce torpeur née d'une illusoire émancipation. Ne subsistent dans cette masse diffuse qu'est devenue la surface de l'eau que quelques bulles, devenues incroyablement rares, subissant de plein fouet les effets de la cuisson, s'agitant sans réel but sous la chaleur montante, cherchant à échapper à grand peine à l'inéluctable.

ETAPE 6.


L'eau bout. Sa surface n'est qu'un chaos brûlant ayant avalé l'intégralité des bulles préexistantes et faisant disparaître presque instantanément celles qui arrivent à sa surface, qui ont grandi bien plus rapidement que leurs ancêtres. Ces nouvelles bulles ne connaîtront jamais le goût de la vraie liberté d'agir et de penser par soi-même, happés qu'elles seront dans un tout, à peine parvenues à maturité. Elles n'en aurons qu'un vague aperçu par les traces que certains prédécesseurs auront laissé derrière eux, dans le but de témoigner d'une époque qui n'est plus. Et ne sera plus, à moins d'agir directement sur les phénomènes engendrés par la casserole elle-même.

CONCLUSION.

Vous aurez remarqué que pour parvenir à un tel résultat, la casserole a agi sans se précipiter, avec une lenteur étudiée, afin de parvenir à ses fins sans éveiller les soupçons du plus grand nombre. Ainsi, les bulles ont eu l'illusion éphémère mais persistante jusqu'au dernier instant d'être maîtres de leur destin, avant de réaliser qu'il n'en était rien : il était alors trop tard, tant l'ébullition était proche. Et malgré quelques réticences manifestées de-ci ou de-là, les dernières bulles récalcitrantes ont été submergées par un phénomène qui les dépassait sous tous les aspects, prouvant ainsi qu'une prise de conscience globale eut été nécessaire à la survie des bulles et de leurs libertés, avant que l'ultime ligne rouge ne soit franchie. Menant le communauté des bulles à sa disparition finale.

Je vous laisse donc à une seule et unique question, en guise de conclusion : regarderez-vous l'eau frémissante de la même manière dorénavant, comme le ferait une bulle, bercée dans un illusoire confort trop chaleureux pour être franc et honnête ?

Je vous laisse : je vais me préparer un potage.

* Cet exemple est valable pour tout autre mode de transport en commun dans lequel il est donné d'expérimenter au plus proche de la réalité le concept répugnant de promiscuité.

jeudi 27 janvier 2011

Introduction au préambule d'un commencement.


Aujourd'hui, j'ai décidé d'écrire une introduction.
Mais, pas n'importe laquelle.

En effet, je pourrais me hasarder à quelques précisions introductives à la physique quantique. Ou encore, à la psychologie féminine, quand bien même cela fut quelque peu compliqué. Mais, cela ne serait que bavardage. Car, je vais publier en ce jour – et non sans une certaine fierté – une introduction à mon blog.

Certes, c'est un tantinet surprenant. Je le confesse. Surtout après avoir mis en ligne plus d'une vingtaine de publications. Mais, comme disait l'autre - qui n'a d'illustre que ce nom dont personne ne se souvient - « Mieux vaut tard que jamais ! ».

Avouez aussi qu'un blog sans introduction, c'est un peu comme un fromage sans son couteau. Un pays occupé sans ses collaborateurs. Un vieux grabataire sans son euthanasie. Ou encore, un gouvernement français sans instruction judiciaire à l'encontre de ses ministres.

Bref. Il me faut songer expressément à une introduction.
Donc, devant cet intransigeant constat, je me lance.

Remarquez cependant, en passant, qu'une introduction sert à introduire : ce qui signifie que s'il me prend l'envie de vous laisser attendre dans la salle d'attente, je le peux. Je passerais à vos yeux pour un goujat notoire, certes. Mais, n'est-ce pas déjà le cas ? Mais, je ne suis pas un sauvage, malgré de persistantes apparences trompeuses. Donc...

Mesdames et Messieurs, bienvenue dans mon blog de merde !

Vous y trouverez des publications de merde, diverses et variées, saccageant les fondements même de la bienséance littéraire avec la vergogne fanatique de l'illuminé notoire en proie aux pires doutes quant au bien-fondé de l'amour de son prochain. Mais aussi et parfois, des parutions interactives de merde, arguant du fait d'exister sur cette page peu recommandable par cette propension assumée à la provocation peu mondaine à l'égard des préjugés populaires en vogue dans les couloirs éventés du métropolitain parisien, comme des cerveaux sirupeux de certains de ses usagers, supposés être nos aimables concitoyens.

Prenez place et installez-vous confortablement, car le voyage risque d'être long et sinueux.

Une hôtesse passera dans les rangs, afin de vous indiquer les procédures d'urgence à suivre en cas de catastrophe imminente.

Si vous avez des remarques ou suggestions quant au plan de vol ou sur les services fournis à bord de ce blog, veillez à les déposer dans les emplacements prévus à cet effet et ne pas m'importuner durant l'ardu pilotage de l'appareil.

Veuillez noter par la même que votre billet ne vous sera ni échangé, ni remboursé, du moment que vous aurez décidé en votre âme et conscience de consommateur bêlant de prendre place à bord de ce site web constitué de billets écrits par une personne physique.

Mesdames, Messieurs, attachez vos ceintures.
Attention au départ !

samedi 15 janvier 2011

Révélations sur le miracle de la naissance.

 
" Oh ! Qu'il est beau cet enfant ! Le portrait de sa mère ! " est généralement l'exclamation qui ponctue une grande majorité des visites d'un nouveau né et de sa génitrice, quelques paires d'heures après l'agnelage. Extase et félicité sont alors de mises devant un être qui, outre le fait de fermer souvent les yeux tout en poussant des cris le plus souvent insupportables, n'est guère plus gros qu'un rôti.

Si vous avez un jour eu l'infortune d'assister à ce genre de manifestation joviale typiquement humaine, vous savez de quoi je parle : l'enthousiasme infantile inhérent à chaque être répondant aux caractéristiques que l'on a coutume de regrouper sous l'appellation "Femme".

Bien souvent, cela commence par un innocent " Chéri, tu te rappelles ma copine Gisèle ? Et bien, figure toi qu'elle a accouché hier ! ". Sentence faussement anodine prononcée à l'autre bout de l'appartement, durant l'essorage de la machine à laver le linge, vous forçant à hurler un débonnaire " Oui, et ?! "... Malheureux ! Deux petits mots innocents, que vous avez prononcés sans réflexion préalable sur les conséquences envisageables, mais qui vont vous projeter dans une spirale infernale. Une descente aux enfers qui débutera à la fin d'une phrase ressemblant vaguement à " Et bien, je me suis dit que l'on pourrait lui rendre visite, histoire de voir son adorable petit bout de chou ! ".

La machiavélique machination est en marche.

Il est à peine 11H du matin et sans réellement le savoir, vous avez ce sentiment sourd que votre journée va être un cauchemar. Car, refuser la visite de l'amie Gisèle équivaudrait à nier de manière bien trop évidente l'instinct maternel grégaire de votre compagne... Il se pourrait que vous en ayez besoin, un jour : aussi, il vous faut ménager la chèvre et le chou.

12H30. L'heure du repas. La visite étant programmée en début d'après-midi, vous voilà attablé, en train de supporter l'apologie du miracle de la naissance. Le poids du monde se concentre sur vos épaules. Vous courbez l'échine sous les coups que vous assène sans y prendre garde celle qui, jusqu'à ce matin, était encore le soleil de vos nuits. Elle qui maintenant, vous regarde, les yeux brûlants de la fièvre maternelle, haranguant les cohortes invisibles des anges de la nativité.

14H00. C'est l'heure du départ. Vous êtes fébrile : elle n'a pas encore mentionné le paramètre cadeau. Peut-être a-t-elle oublié, qui sait. Vous prenez la direction de l'hôpital, et alors que vous abordez sereinement un sens giratoire, elle vous assène un impitoyable : " Mais, où vas-tu ?! Tu sais bien qu'il nous faut acheter un cadeau pour le petit/la petite ! ". Vous maudissez le sort.

14H30. Vous voilà, déambulant au beau milieu d'un monde obscur qui vous semble totalement inconnu, dans lequel pourtant, votre compagne semble se mouvoir à merveille : le rayon pour enfants d'un grand magasin. Là où vous vous déplacez avec la lourdeur d'un bourdon, avec la peur au ventre de bousculer quelque chose et de le faire tomber dans un fracas assourdissant, elle semble butiner avec légèreté, d'article en article. Quand soudain, elle vous saute dessus, armé d'un vêtement à peine plus grand qu'une serviette de table : " C'est joli, n'est-ce pas ?! ". Là, précisément ici, il faut à tout prix éviter un écueil de taille : répondre Oui, avec trop d'empressement. Se sentant trop promptement épaulée dans sa quête, elle doutera alors de son choix, vous jettera votre nonchalance - qu'elle prétendra typiquement masculine - au visage et retournera à la chasse à ce cadeau unique, auquel aucune de ses copines n'aura pensé. Préférez donc un " C'est pas mal. Mais, tu sais, en même temps, je n'y connais pas grand chose... ".

15H00. Après avoir maudit des descendances entières afin de trouver une place de parking, vous voilà cheminant vers ce qui semble être l'Eden de votre compagne et votre propre échafaud : la chambre du nouveau-né. Et là, quelle n'est pas votre surprise : votre amie marche d'un pas sûr et déterminé dans un lieu qu'elle ne connaît pourtant pas ! Votre étonnement s'accentue quand elle se dirige avec aisance dans le dédale de couloirs et d'ascenseurs qui font d'un hôpital un labyrinthe à vos yeux. Et pour cause, votre moitié s'est organisée : elle connaît le numéro de la chambre, l'aile de l'établissement hospitalier dans lequel elle est, ainsi que l'étage. Vous commencez à peser la véracité de l'expression miracle de la naissance.

15H10. Après une longue inspiration, vous pénétrez dans la chambre du nouveau-né. Vous franchissez un espace-temps : alors que tout semble on ne peut plus normal à l'extérieur de cette pièce, il n'en est rien à l'intérieur. Votre compagne s'est brusquement penchée sur un berceau, somme toute assez commun, au dessus duquel elle pousse d'improbables gazouillis, tout en agitant les bras de manière surprenante et désordonnée. Intrigué par la cause de toute cette agitation, vous approchez. Alors que votre regard bascule vers l'intérieur du réceptacle, afin de voir ce qu'il contient, vous êtes saisi d'un pesant sentiment d'incompréhension : c'est donc là l'objet de ce comportement frénétique et typiquement féminin consistant à s'extasier sommairement devant un petit être faible et sans défense ? Sous le choc de cette prise de conscience, vous vous effondrez sur la première chaise croisant vos pas chancelants. Mais, vous n'êtes pas au bout de vos peines..

15H20. Après avoir utilisé des mots de la langue française qu'elle n'avait jamais employés auparavant, de telle sorte que vous croyiez qu'elle ne les connaissait pas, elle s'assoit sur le bord du lit de la jeune mère : pour vous, c'est le début de la fin. Vous n'existez plus à leurs yeux. Elles vont tirer entre elles un fil invisible qui va les relier sur la base de mots tels que placenta, césarienne, épisiotomie ou encore obstétricien. C'en est trop : nonchalamment, vous vous levez et vous dirigez vers la sortie de ce cauchemar pour aller quérir la seule chose qui puisse, en ces lieux perdus à la raison humaine, réchauffer quelque peu votre âme torturée : un café.

17H40. Après avoir parcouru l'intégralité des hebdomadaires philosophiques disponibles dans tout coin repos hospitalier qui se respecte, ingurgité huit cafés tout en repoussant du coude cette obsessionnelle question du " Pourquoi ? ", vous vous décidez à retourner, d'un pas que vous voulez sûr, vers l'antre des langes. Vous ouvrez la porte, attendez un instant pour ménager votre effet de surprise, et déclarez " Bon, je me casse : j'en ai plein le fondement ! ", ce qui ne manque pas de déclencher l'incompréhension générale. Grand prince, vous jetez au loin les clés de la carriole conjugale, bien décidé à rentrer par vos propres moyens. Sans attendre la moindre réponse de celle qui partage désormais votre cœur et votre incompréhension, vous quittez les lieux l'air vainqueur, sur ce fond sonore soudain si doux à vos oreilles, d'un bébé pleurant les larmes de son corps fripé, d'avoir été tiré de l'une de ses nombreuses siestes salvatrices.

17H42. Vous avez vécu une journée noire, durant laquelle ont été soumis à votre entendement abasourdi les obscurs concepts de la naissance d'un enfant.

Vous ne vous en remettrez jamais.

PS 1 : Toute ressemblance avec des personnes existant réellement serait totalement fortuite.
PS 2 : A l'heure où vous lisez ce billet, je suis en train de remercier la Providence, que ma compagne ne soit pas ainsi.

samedi 8 janvier 2011

Joies diverses de la trentaine assumée.


Ca y est : j'ai 30 ans.

Depuis le temps que l'on me parle de cet âge de raison où l'on fait des enfants sans réfléchir, j'y suis enfin !

Il me faut tout de même signaler que je n'ai pas ménagé ma peine pour entrer dans cette nouvelle décennie avec l'intégralité des approximations des trois premières. Ainsi, au fil du temps et de nombreux efforts, j'ai su muer cette incompréhension de mes semblables en une singulière misanthropie. Ce qui m'a tiré de bien des situations délicates.

Enfin, tout cela n'a guère d'importance.

Car, au final : qu'est-ce qui différencie réellement un vingtenaire d'un trentenaire, mis à part une certaine facilité à un bourgeois embonpoint accompagné d'une déliquescence des instincts révolutionnaires ?

Et bien de prime abord, cela ne saute pas aux yeux - d'autant plus que le trentenaire connait souvent ses premiers aléas ophtalmologiques - mais, quelques points sortent rapidement de l'anonymat :

1. Une volonté ferme et quasi incorrigible d'établir de navrantes généralités, au-dessus desquelles le trentenaire a la bienséance de s'installer, dans l'inconsistance sommaire de sa réflexion sur la vie.
2. Une outrecuidance notoire qui le mène à penser que le monde ne recèle plus pour lui que de secondaires secrets, que le temps finira bien par lui amener sur l'étincelant plateau de sa suffisance intellectuelle.
3. Une obstination démesurée à croire qu'il incarne la France d'aujourd'hui et qu'il doit servir d'exemple aux générations à venir.
4. Un instinct grégaire, peu commun aux autres tranches d'âge, qui le pousse à faire des choses machinales, par simple mimétisme, sans même daigner prendre le temps d'une courte réflexion sur l'essence et la raison d'être de ces choses.
5. Cette illusion, à laquelle il se crampe comme des épicentres en Haïti, qu'il a meilleur goût qu'hier et demain réunis.

Le trentenaire serait donc cet être auréolé d'absurdité congénitale qui aurait l'audace de penser que ses cadets et aînés lui doivent le respect, de part le simple fait d'exister ? Ce qui l'empêcherait par exemple de remercier la personne d'un autre âge qui, sur un trottoir trop exigu pour contenir la présence contigüe de deux êtres humains, descend sur la chaussée et prend ainsi le risque de finir sous le pneu d'un quelconque chauffard, afin de le laisser passer, lui et son manque criant d'humilité ?... Bien.

De toute façon, je ne vais pas aller plus loin dans ma réflexion. Et ce, pour deux raisons :

1. J'ai désormais trente ans et tiens à garder un minimum d'espoir, aussi incongru soit-il.
2. Je viens d'être coupé par un de mes semblables trentenaires, incapable de discerner les nuances qu'il peut exister entre les mots "zèle", "acharnement" et "stupidité".

La prochaine fois, je vous narrerai comment, alors âgé de trente ans, j'ai vilipendé le service clients de la société nationale des chemins de fer.

PS : Vous avez remarqué, vous aussi, que je fais des billets plus courts depuis que je suis trentenaire ?

vendredi 7 janvier 2011

De la désinformation des icônes françaises.

On nous ment.

Je sais bien que pour certains d'entre nous, c'est un fait avéré. Mais, quand même ! Est-ce une raison valable pour se laisser choir à l'assimilation béate de mensonges éhontés ? Là n'est pas mon avis. Et je vous prie de croire que cet avis-là est une référence en la matière quand il me prend l'envie d'en avoir un.

Mais, ne nous égarons pas.

Récemment, allumant par mégarde ce rectangle élevé au rang d'idole par des milliers d'athées notoires que l'on nomme communément télévision, vecteur inépuisable d'une médiocrité tout autant intarissable, je tombais nez à nez avec l'un des plus grands mensonges du paysage audiovisuel français. Affabulation véhiculée depuis des années et des années, sans qu'aucun ne s'en émeuve, songeant au minimum à une insurrection d'envergure nationale.

Je demeurais un instant coi, devant le constat de cette mystification. Car, il s'agit bel et bien d'une supercherie sans nom qui fera passer au rang de contes de fées les errances et approximations financières de Liliane Bettencourt à l'égard de ses protégés.

Je me lève et vous parle ici d'une escroquerie retentissante. J'ose lever le voile d'une ignominie sans nom, propagée sous d'innocentes apparences depuis bien trop d'années, dans les longs et obscurs tunnels publicitaires télévisés dans lesquels, malheureusement, il y a trop peu d'accidents.

Et cette macabre farce populaire a un nom : GEANT VERT !

Voyez par vous-même !

Pas moins de trente ans que cet homme verdâtre nous vante, d'un rire aussi délicat qu'une pincée de sel de Guérande dans les yeux aimants d'un chaton, les mérites des légumes verts et autres primeurs de sa coopérative et ce, sans le moindre signe, avancé ou quelconque, de vieillissement. Et personne ne bronche. Ni même, ne tousse !

Pas un seul cheveu blanc dans la chevelure atypique - il faut le reconnaître - de Géant Vert et pas la moindre âme qui vive criant à l'infamie !

Géant Vert, nullement impliqué dans la crise de la grippe aviaire, même pas vacciné, qui nous invite avec une vergogne sans égale à picorer son maïs - landais de surcroît - sans que quiconque s'en émeuve... Je ne puis le croire !

Avez-vous déjà vu Géant Vert, dans le cadre de votre téléviseur, manger cinq fruits par jour comme n'a cessé de nous le recommander Roselyne Bachelot, au lieu de ses sempiternels légumes ? Non. Et pourtant, pas une seule trace de démence sénile dans ses yeux, de celle qui pousse des vieillards décrépis à s'accrocher coûte que coûte aux sièges élimés de cette dévastation fantomatique qu'est devenue la chanson française !
Rien.

Avez-vous seulement croisé une fois dans votre vie des cohortes de Géant Vert, se traînant lamentablement au bureau de vote le plus proche, afin de nous imposer, au nom de la sacro-sainte sécurité de nos banlieues citadines, le déliquescente présidence d'un analphabète notoire ?! Jamais !

Preuve en est que l'on nous ment, depuis des décennies, sur l'âge véritable de Géant Vert. Comme sur bien d'autres choses. Et cela n'a que trop duré !

Alors, autant vous dire que la première asperge que je vais croiser, qui se vantera d'être à la solde de l'autre échalas, je vais lui faire la peau. Pour l'exemple.

jeudi 6 janvier 2011

Galéjades et facéties notoires – #02

 
Suite de ces crimes radiophoniques sans nom que j’ai commis aux côtés de deux huluberlus, profanant la quiétude assoupie des traits d’esprits en vogue dans les soirées à la mode, bousculant l’uniforme sirupeux des badineries citadines et saccageant l’horripilante sobriété éditoriale des hebdomadaires de salles d’attente.

En voici un premier florilège, pour vos oreilles averties.

Mes meilleurs vœux, qu'ils disaient.


Je m'étonne une fois de plus, en ce début d'année, de ce touchant échange de bons vœux auquel on peut assister chaque mois de janvier, quelques jours avant l'empifrade collective de l'épiphanie.

Tout y passe : la santé, la richesse, le bonheur, la joie, la paix, la félicité, la réussite, l'espoir, l'amour, l'amitié et tout un lot commun de choses communes issues de lieux communs qui ont cette exaspérante manière de communément se ressembler.

Combien de sms recevrez-vous dans les prochains jours vous souhaitant le meilleur du nectar de la crème ? Combien de mails ? Un ? Deux ? Cinq ? Plein ?

Le plus remarquable étant que la plupart s'adonne à cette consommation de masse de généralités, envoyant messages groupés sur mails collectifs, avec une application quasi tayloriste. Phrases généralistes applicables à tout le monde, envoyées à la chaîne, parfois parfumées d'une légère touche de personnalisation, voire pour les plus chanceux, d'un smiley.


Et c'est bien là un mystère qui, chaque année, provoque mon admiration.


Je me pose donc certaines questions.

Comment font ces valeureuses personnes pour prétendre à une quelconque authenticité dans des vœux envoyés à plus de cinquante destinataires ? Comment souhaiter les mêmes choses avec la même intensité à plus de dix personnes ? Quel est ce mécanisme grégaire qui nous pousse à faire preuve d'une générosité que l'on voudrait exemplaire et qui, pourtant, est affligeante quand on s'y penche quelques instants ? Aurait-on l'audacieuse prétention de croire que nos vœux aient une quelconque influence sur la destinée de celle ou celui qui les reçoit ?

Parce que, si je souhaite de manière sincère une réussite dans ses projets à une personne A, il se peut que je n'en ai rien à faire concernant une personne B. Un peu comme si un Président de la République réclamait l'attention de ses concitoyens, pour leur souhaiter des vœux aussi sincères qu'une mayonnaise ratée, tout en songeant à tout ce qu'il va faire cette année encore, pour socialement les abuser, et ce de manière grossière et délibérée. Heureusement que cela n'est qu'une idée sans fondement ni réalité, que j'avance ici...


Tout cela pour dire que je vous souhaite, malgré tout, une bonne année.

Mais, que je me moque éperdument de ce que la plupart d'entre vous en fera.

Meilleurs vœux.