mardi 14 décembre 2010

Noël, ou l'origami des instincts primaires.


En ce jovial début du mois de décembre, emmitouflés que nous sommes dans une paralysie enneigée, nous nous acheminons petit à petit vers une magnifique période. Quelques jours qui nous feront oublier Météo France, la gelée du SMIC et Brice Hortefeux : Noël.

Voyez : je me suis moi-même laissé gagné par le plus enfantin des enthousiasmes et ai choisi, dans un accès de festive folie,  le terme " Magnifique " : quoi de mieux pour qualifier comme il se doit la féérie de ces fêtes de fin d'année parfumées aux feux de bois, dans lesquels on jette sans compter des stères d'hypocrisie ?

En effet, quoi de plus grandiose que des décorations chaleureuses suspendues à ces balcons où l'on avait pris l'habitude d'insulter copieusement les passants le reste de l'année. Quelle beauté plus captivante que ces couronnes de fleurs clouées à ces portes demeurées fermées aux nécessiteux, le reste du temps ? Qui n'y a-t-il pas de plus somptueux que ces guirlandes lumineuses allumées un mois durant alors qu'on nous assomme quotidiennement avec ces snobinards concepts d'économies d'énergie à tout va ?

Noël, c'est la joie de ces repas de famille où la jovialité n'a d'égale que la fourberie régnant entre membres d'une même famille qui se conchient mutuellement depuis des années. Noël, ce sont des sourires et des accolades dispensés avec chaleur et entrain à des gens que l'on ignore royalement durant les onze premiers mois de l'année.

A Noël, la majeure partie des gens devient alcoolique notoire. Sans le savoir.
Et autant au sens propre que figuré.

Je m'explique.

Selon les préceptes en vigueur dans notre société puritaine et soi-disant ouverte, un véritable alcoolique - celui que vous croisez chaque matin, armé de son pastis (jusqu'au jour où une cirrhose l'emportera vers d'autres cieux plus éthérés) - boit le plus souvent pour oublier son morne quotidien, sa tristesse, ses soucis, ses regrets, sa femme, ses remords et tout un tas d'autres choses que font de son existence un monochrome. Cela - aux yeux de notre mondaine société qui ne juge que du haut de ce qu'elle ignore sans le reconnaître - n'est pas bien. Car, pour gagner le futile respect de celles et ceux qui n'ont jamais connu le besoin et encore moins la souffrance (autrement plus douloureuse que celle d'un ongle cassé), il faudrait à l'alcoolique notoire la volonté de se sortir d'une situation bien souvent catastrophique et inextricable par ses seuls et propres moyens.

Pour autant, si je critique le jugement condescendant de ce collectif d'arriérés présomptueux à lunettes que l'on nomme génériquement société, je ne m'abaisserai pas à donner raison à l'alcoolique notoire. Mais, revenons à nos moutons.

L'heureux amateur de Noël, quant à lui bien au-dessus d'une quelconque servitude aux spiritueux, va dépenser des fortunes en cadeaux divers et variés pour offrir joies et bonheurs autour de lui. Il va manger et boire plus que de raison, va lever son verre à la santé d'un nombre incalculables d'inconnu(e)s et de causes perdues, va trouver son bonheur dans d'agréables ambiances emplies de chaleur humaine et de convivialité, lorsqu'il n'est pas capable d'une simple salutation au vagabond que chaque jour, il croise sur le chemin de son sacro-saint travail.

On est en droit de se demander quelles raisons poussent cet individu à un tel comportement ? Pourquoi l'heureux amateur de Noël fait-il donc tout ceci ?

Pour oublier que le reste de l'année, il est un connard fini. Qu'il n'est qu'un cloporte empli d'amertume et d'égoïsme, qui piétine les autres pour parvenir à des fins on ne peut plus haïssables, laissant ainsi libre cours à sa misanthropie et son dénigrement du genre humain au profit de sa seule et unique personne qu'il vénère, dans le secret de ses égarements, tel un dieu.

En ce sens, Noël est un peu son eau de vie en lui permettant, l'espace de quelques jours, d'oublier qui il est réellement et de devenir quelqu'un d'autre.

Tout comme le véritable alcoolique.

Joyeux Noël, donc.

4 commentaires:

  1. Quel bon et juste article !
    Vivement un billet sur la nouvelle année et les meilleurs vœux si artificieux fusant sur des numéros n'étant plus attribués et jusque dans la boîte aux lettres/mails de personnes décédées depuis.

    Bonnes fêtes !

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  2. Et bien quoi ? Noël, c'est une trêve voyons ! On est quand même en droit d'en profiter sous le nez de ceux qui ne peuvent pas, préférant passer ce mois (et pas que) à se déguiser en père noël par terre, sous des cartons et dans le grand froid.

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  3. Ton article.... Intéressant !!! Mais je pense que tu exprimes une certaine confusion entre Noël et le Jour de l'an (St Sylvestre)...
    Peut-être exprimes-tu "le Noël païen " ce qui n'est nullement péjoratif venant de moi... En effet je ne suis pas un "véritable" Catho, mais je respecte Noël et ses Fans ....
    Bizzz

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  4. J'ai laissé jusque-là la religion et ses adeptes tranquilles. Mais, jusqu'à quand ?!...

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