Récemment, cette chose vivante qui me sert quotidiennement d'ami me dit, alors qu'il était aux prises avec une côte de porc succinctement grillée, je cite : " Je ne viendrai lire tes élucubrations que lorsque tu sauras parler de rien ".
Mon goût prononcé pour les challenges inutiles et cette obstination que je m'entête à appliquer à toute œuvre ne trouvant sa raison d'être que dans la futilité de son existence, je décidais de relever illico presto le défi. D'autant plus que cela apportait un vent non négligeable de changement dans cette irrépréhensible envie que je ressens chaque jour de taper avec entrain sur cette race d'êtres humains sans envergure qui se donnent un mal de chien - et il faut leur reconnaître ce mérite - d'être autant médiocres qu'incompétents : les politiciens.
Cependant, passé le moment initial d'exaltation et de frénésie primaires, je demeurais quelque peu circonspect quant à la suite des événements.
En effet, comment écrire sur rien ?!
Je cherchais bien dans le dictionnaire quelque définition me mettant sur la voie, mais avouez que " petite quantité négligeable " m'était d'une aide aussi pertinente que les apparitions remarquées et remarquables de Doc Gynéco dans la relative exigüité de nos récepteurs télévisés quant à la bonne compréhension des arcanes de l'éducation nationale.
Il me fallait donc chercher ailleurs.
Et surtout, par moi-même.
J'entrepris donc de lister - dans un premier temps - ces choses du quotidien qui ne servent à rien et dont on se passerait volontiers, histoire de m'ouvrir un champ de réflexion. Je notais donc consciencieusement : le IIIème Reich, les confessions intimes de J.J. Rousseau, les comédies musicales, les pigeons, les gens qui parlent fort, les comédies musicales, la mode, l'illettrisme, cet inopportun bouton que j'ai sur le front (à droite), les sens interdits, les Landes, les comédies musicales, les passages-piétons avec des piétons dessus, le fromage allégé, la religion, les comédies musicales, la loi Hadopi, un pneu crevé, les petits chanteurs à la croix de bois, etc.
Arrivé à ce point précis de mon esquisse de raisonnement, quand bien même j'éprouvais quelque satisfaction d'avoir pu salir de mes mots ces choses qui ternissent l'éclat de mes journées, tout en laissant libre cours à mon aversion pour ces farandoles de danseuses décérébrés et chanteurs analphabètes que sont les interprètes de comédies musicales, je n'étais guère avancé.
Me vint alors l'idée lumineuse d'établir un lien plus ou moins proche entre les mots "rien" et "néant". Evidemment, dans l'instant me vinrent à l'esprit quantité d'images relatives à la notion d'absurdité et de non-sens : les comédies musicales, la région Nord-Pas de Calais, la SACEM, les messages à caractère informatif du Ministère de la Santé, le tuning, Johnny Hallyday, les attentes téléphoniques, Auschwitz, la frénésie d'achats compulsifs d'iPod ©, les pédophiles, la baguette sans sel, la légion d'Honneur, la prestation de l'équipe de France de football à la dernière coupe du monde, les Inrockuptibles, etc.
Je ne pouvais confesser une pertinente avancée ; cependant, j'avais grand peine à dissimuler un certain bien-être et une joie de vivre avérée, après ces quelques énumérations. Mais, j'étais toujours dans le fou artistique.
J'en vins alors à me demander, parallèlement aux étapes initiales de ma réflexion, comment font ces femmes et ces hommes politiques pour parler si longuement, à grands renforts de formules alambiquées et des gestes énigmatiques, pour finalement ne rien dire mais malgré tout continuer à haranguer des parterres d'auditeurs hébétés. Moi-même, je serais totalement incapable de monopoliser l'attention d'un quidam avec des propos inutiles et burlesques, ressemblant de près ou de loin à quelque déjection littéraire impromptue.
Tout cela pour dire qu'après avoir écrit ces quelques lignes, trituré ces rares méninges encore viables subsistant dans le grand chaos de ma cervelle, fait le tour de moi-même (ce qui ne prend guère de temps, dans les faits), je n'étais arrivé à rien.
J'en concluais que c'était peut-être cela, l'art de parler de rien.

Comment monopoliser l'attention d'un jeune homme encore ivre de la veille?
RépondreSupprimerFacile, écrire un texte sans aucun sens, au final tu fait comme ces femmes et ces hommes de la politiques: Parler longuement pour en arriver à aucune conclusion... Merci de me faire rêver une fois de plus avec tes histoires..!!
Qu'est ce que je voulais dire... ? Non rien.
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