mercredi 29 décembre 2010

Du sacre à la déchéance du Moustique.

 
Il est, en ce beau monde promis à une destruction prochaine qui est le nôtre, des êtres vivants dont on ne saurait remettre en cause la nature, la raison d’être ou encore, l’essence même.

L’Homme, pour commencer.

Ce dernier mis à part, qui donc oserait mettre en doute la pertinence de l’existence d’un chat, par exemple ? Cet animal de compagnie au poil soyeux avec lequel on aime pousser des gazouillis tout en se roulant par terre, le tout pour finir dans un gros câlin... Cet attachant compagnon que certains n'hésitent pas à laisser sur une aire d'autoroute, attaché à un arbre.

Cependant, certaines espèces échappent à cette règle. Car oui, quelle est donc l’utilité ou la raison d’être d’un moustique, si ce n’est d’avoir un poids plus qu’infime, voire nul,  dans l’équilibre d’un  écosystème ? Avez-vous déjà réussi à vous lover contre un moustique, avant de passer une nuit bercée par son ronronnement ? Avez-vous déjà lancé la lessive familiale avec Le Moustique Machine ?

Définitivement, non.

A l’heure où l'on a - au prix de pompeux efforts en ce sens - réussi à quasiment éradiquer de la surface de la planète certaines espèces comme le lynx d’Espagne ou l’albatros des Galápagos, comment se fait-il que cet insecte insignifiant, cauchemar de nos nuits d’été, vole encore en toute impunité, narguant à tout va le seul être sur Terre capable de génocider ses semblables ? Quelle explication au fait qu’en 2010, nous ayons la capacité assumée de sacrifier des troupeaux entiers de bovins ou de gallinacés sur l’autel dérisoire de la sauvegarde de l’humanité quand à côté de cela, ce culicidae n’est aucunement inquiété quant aux nuisances découlant de sa seule existence, sans parler des maladies qu’ils véhiculent comme le paludisme, l’une des premières causes de mortalité dans le monde ?

Il n’y a qu’une seule explication valable à ce mystère. Tremblez mes frères, car le moustique a bel et bien réussi à mettre en œuvre le principe de résurrection !

Comment expliquer autrement la nonchalance et l’orgueil dont fait preuve cet hexapode quant il gambade à vos oreilles, vous tirant ainsi d'un sommeil mérité et vous plongeant dans une profonde torpeur… Qui n’a pas longuement hésité entre l'oreiller et le dictionnaire durant de longues minutes, avant d’opter pour la seconde solution, à bout de nerfs, en le lançant au travers de la chambre nuptiale, dans le vain espoir qu'une interaction funeste entre l'ouvrage et l'insecte se produise par le plus grand des hasards ? Et pourtant, si vous aviez su…

Car, si l'on observe son comportement entre le moment où il vous réveille et l’épilogue de son existence, la vérité saute aux yeux, comme un cancer dans le poumon d'un fumeur.

1/ Il vole à vos oreilles : vous vous réveillez.
2/ Il continue. Après une longue réflexion, vous vous résolvez à prendre les choses en mains.
3/ Il vole alors un peu plus loin alors que vous allumez la lumière, profitant de cette période d’acclimatation de vos yeux à la source de lumière.
4/ Une fois que vous êtes assez énervé(e), il décide de se poser sur un mur, sombre de préférence, afin de vous forcer à le chercher encore et encore.
5/ Quand il sent courir sur sa nuque fragile votre souffle, silencieux témoin de sa perte prochaine, vous ne le voyez pas emporté par votre furie destructrice, mais il vous sourit.

De ce sourire narquois de celui qui sait qu’il reviendra. De celui qui a cette certitude qu’un jour à nouveau, il vous aura. Et quand il vous semble inoffensif, incrusté dans un mur ou écrasé sur une semelle, vous n’y prêtez plus attention, tout à la joie de pouvoir retourner à votre nuit, mais il rit.

De ce rire démoniaque de celui qui sait que cela ne fait que commencer.

Aussi à l’avenir, quand armé(e) de votre espadrille ou de votre précis de psychologie féminine, vous partirez en chasse de l’inopportun insecte, ayez bien conscience que vous n’aurez de repos qu’en devenant un ignoble barbare, en incendiant à grands coups de bidons de kérosène tout étang et autre coin d’eau stagnante situés à proximité de chez vous, en piétinant les restes de ces bûchers et en buvant des litres de tisane à la citronnelle que vous urinerez en hurlant des chants de guerre sur les cendres de vos victimes.

Alors, la dictature des moustiques prendra fin.
Et il nous appartient d'y mettre un terme.

Tout comme le quinquennat désastreux de Nicolas Sarkozy, en 2012.

jeudi 23 décembre 2010

Galéjades et facéties notoires - #01


Quand j'étais petit, j'ai commis - aux côtés de deux hurluberlus - des crimes radiophoniques sans nom, profanant la quiétude assoupie des traits d'esprits en vogue dans les soirées à la mode, bousculant l'uniforme sirupeux des badineries citadines et saccageant l'horripilante sobriété éditoriale des hebdomadaires de salles d'attente.

En voici un premier florilège, pour vos oreilles averties.

mardi 21 décembre 2010

Ces choses qui m'indisposent...


Certaines choses m'énervent. Tout simplement.
Ou alors, considérablement.

Il y en a même qui m'énervent plus que d'autres.

Ainsi, je pourrais comme tout un chacun entamer ici-même la longue liste de ces désagréments quotidiens qui ont l'art d'assombrir durablement cette matinale gaieté, pincée à demi-mots, dont je me pare dès le réveil.

Mais, on serait bien capable de me mettre au banc des accusés en invoquant ce besoin existentiel d'amour et de reconnaissance que je semble avoir. Je refuse donc de m'abaisser aux vues étriquées d'esprits taille basse m'attendant à un tournant que je ne prendrai pas. D'autant plus depuis que je sais que on est un con...

Cependant, si je daigne prendre la plume, ce n'est pas pour me gratter le nez et offrir au monde la volupté soudaine d'un millier de postillons littéraires.

Non, je suis passablement énervé et monte au front des errances humaines, le poing de la révolte brandi au plus haut à la seule lecture de cette mention égrenant bien trop souvent des lettres qui n'ont de poli que le papier : " Si nous n'avons pas répondu à votre candidature d'ici trois mois, veuillez avoir l'amabilité de considérer que celle-ci ne nous intéressait pas. "

L'amabilité, je connais : j'en ai prêté à un nécessiteux, une fois.
Mais, en faire don à une tribu d'ostrogoths en mal de savoir-vivre : JAMAIS !

Sans rire : parvenez-vous à vous imaginer déclarant à la caissière attitrée de votre hypermarché de proximité préféré " Madame, j'ai bien pris note de votre facture  - imprimée sur du papier bon marché, soit dit en passant - concernant ces quelques menus achats que je viens d'empaqueter : cependant, je vous saurais gré de considérer que si je ne vous la règle pas dans l'instant et que d'un pas léger et insouciant, je me dirige vers la sortie de votre échoppe, c'est que le dite quittance ne m'intéressait guère " ? Croyez-vous sincèrement que l'hôtesse de caisse en question vous sourira d'aise à la seule écoute de vos formules de politesse et vous souhaitera une bonne fin de journée, avant de retourner à son laborieux travail ?

Personnellement, je ne crois pas.

Pensez-vous réellement répondre au Trésor Public que vous n'avez pas réglé votre dernier avis d'imposition parce que sa lecture ne vous a pas autant bouleversé que la découverte des pimpantes aventures de Primo Levi dans les forêts polonaises ?

Définitivement, non.

Alors, de quel droit une bande de cuistres insignifiants témoignant, par ce typique et crasseux manque de bonnes manières propres aux cancrelats, d'une époque où le respect n'est qu'une valeur désuète ne servant qu'à récurer à grand-peine les fonds obscurs des cuvettes du nombrilisme humain, s'octroie le luxe fétide d'un tel mépris ? Impertinence déplorable qui n'est pas sans rappeler ce manque criant d'humilité d'une première dame de France se drapant à la dérobée dans les guenilles puantes de ce que certains mendigots de l'Art osent, les pattes baignant dans la fiente encore chaude de leur suffisance, nommer l'exception culturelle française !

Moi-même, après l'écriture de ces deux phrases interminables parfumées à l'amour inconditionnel que je porte à mon prochain, je ne le sais. Mais, j'imagine que c'est un droit similaire à celui que s'accordent les retraités de réclamer avec véhémence leurs places assises dans les transports en commun.

Vivement l'été, donc.

lundi 20 décembre 2010

De l'art d'écrire pour ne rien dire.


Récemment, cette chose vivante qui me sert quotidiennement d'ami me dit, alors qu'il était aux prises avec une côte de porc succinctement grillée, je cite : " Je ne viendrai lire tes élucubrations que lorsque tu sauras parler de rien ".

Mon goût prononcé pour les challenges inutiles et cette obstination que je m'entête à appliquer à toute œuvre ne trouvant sa raison d'être que dans la futilité de son existence, je décidais de relever illico presto le défi. D'autant plus que cela apportait un vent non négligeable de changement dans cette irrépréhensible envie que je ressens chaque jour de taper avec entrain sur cette race d'êtres humains sans envergure qui se donnent un mal de chien - et il faut leur reconnaître ce mérite - d'être autant médiocres qu'incompétents : les politiciens.

Cependant, passé le moment initial d'exaltation et de frénésie primaires, je demeurais quelque peu circonspect quant à la suite des événements.

En effet, comment écrire sur rien ?!

Je cherchais bien dans le dictionnaire quelque définition me mettant sur la voie, mais avouez que " petite quantité négligeable " m'était d'une aide aussi pertinente que les apparitions remarquées et remarquables de Doc Gynéco dans la relative exigüité de nos récepteurs télévisés quant à la bonne compréhension des arcanes de l'éducation nationale.

Il me fallait donc chercher ailleurs.
Et surtout, par moi-même.

J'entrepris donc de lister - dans un premier temps - ces choses du quotidien qui ne servent à rien et dont on se passerait volontiers, histoire de m'ouvrir un champ de réflexion. Je notais donc consciencieusement : le IIIème Reich, les confessions intimes de J.J. Rousseau, les comédies musicales, les pigeons, les gens qui parlent fort, les comédies musicales, la mode, l'illettrisme, cet inopportun bouton que j'ai sur le front (à droite), les sens interdits, les Landes, les comédies musicales, les passages-piétons avec des piétons dessus, le fromage allégé, la religion, les comédies musicales, la loi Hadopi, un pneu crevé, les petits chanteurs à la croix de bois, etc.

Arrivé à ce point précis de mon esquisse de raisonnement, quand bien même j'éprouvais quelque satisfaction d'avoir pu salir de mes mots ces choses qui ternissent l'éclat de mes journées, tout en laissant libre cours à mon aversion pour ces farandoles de danseuses décérébrés et chanteurs analphabètes que sont les interprètes de comédies musicales, je n'étais guère avancé.

Me vint alors l'idée lumineuse d'établir un lien plus ou moins proche entre les mots "rien" et "néant". Evidemment, dans l'instant me vinrent à l'esprit quantité d'images relatives à la notion d'absurdité et de non-sens : les comédies musicales, la région Nord-Pas de Calais, la SACEM, les messages à caractère informatif du Ministère de la Santé, le tuning, Johnny Hallyday, les attentes téléphoniques, Auschwitz, la frénésie d'achats compulsifs d'iPod ©, les pédophiles, la baguette sans sel, la légion d'Honneur, la prestation de l'équipe de France de football à la dernière coupe du monde, les Inrockuptibles, etc.

Je ne pouvais confesser une pertinente avancée ; cependant, j'avais grand peine à dissimuler un certain bien-être et une joie de vivre avérée, après ces quelques énumérations. Mais, j'étais toujours dans le fou artistique.

J'en vins alors à me demander, parallèlement aux étapes initiales de ma réflexion, comment font ces femmes et ces hommes politiques pour parler si longuement, à grands renforts de formules alambiquées et des gestes énigmatiques, pour finalement ne rien dire mais malgré tout continuer à haranguer des parterres d'auditeurs hébétés. Moi-même, je serais totalement incapable de monopoliser l'attention d'un quidam avec des propos inutiles et burlesques, ressemblant de près ou de loin à quelque déjection littéraire impromptue.

Tout cela pour dire qu'après avoir écrit ces quelques lignes, trituré ces rares méninges encore viables subsistant dans le grand chaos de ma cervelle, fait le tour de moi-même (ce qui ne prend guère de temps, dans les faits), je n'étais arrivé à rien.

J'en concluais que c'était peut-être cela, l'art de parler de rien.

mardi 14 décembre 2010

Noël, ou l'origami des instincts primaires.


En ce jovial début du mois de décembre, emmitouflés que nous sommes dans une paralysie enneigée, nous nous acheminons petit à petit vers une magnifique période. Quelques jours qui nous feront oublier Météo France, la gelée du SMIC et Brice Hortefeux : Noël.

Voyez : je me suis moi-même laissé gagné par le plus enfantin des enthousiasmes et ai choisi, dans un accès de festive folie,  le terme " Magnifique " : quoi de mieux pour qualifier comme il se doit la féérie de ces fêtes de fin d'année parfumées aux feux de bois, dans lesquels on jette sans compter des stères d'hypocrisie ?

En effet, quoi de plus grandiose que des décorations chaleureuses suspendues à ces balcons où l'on avait pris l'habitude d'insulter copieusement les passants le reste de l'année. Quelle beauté plus captivante que ces couronnes de fleurs clouées à ces portes demeurées fermées aux nécessiteux, le reste du temps ? Qui n'y a-t-il pas de plus somptueux que ces guirlandes lumineuses allumées un mois durant alors qu'on nous assomme quotidiennement avec ces snobinards concepts d'économies d'énergie à tout va ?

Noël, c'est la joie de ces repas de famille où la jovialité n'a d'égale que la fourberie régnant entre membres d'une même famille qui se conchient mutuellement depuis des années. Noël, ce sont des sourires et des accolades dispensés avec chaleur et entrain à des gens que l'on ignore royalement durant les onze premiers mois de l'année.

A Noël, la majeure partie des gens devient alcoolique notoire. Sans le savoir.
Et autant au sens propre que figuré.

Je m'explique.

Selon les préceptes en vigueur dans notre société puritaine et soi-disant ouverte, un véritable alcoolique - celui que vous croisez chaque matin, armé de son pastis (jusqu'au jour où une cirrhose l'emportera vers d'autres cieux plus éthérés) - boit le plus souvent pour oublier son morne quotidien, sa tristesse, ses soucis, ses regrets, sa femme, ses remords et tout un tas d'autres choses que font de son existence un monochrome. Cela - aux yeux de notre mondaine société qui ne juge que du haut de ce qu'elle ignore sans le reconnaître - n'est pas bien. Car, pour gagner le futile respect de celles et ceux qui n'ont jamais connu le besoin et encore moins la souffrance (autrement plus douloureuse que celle d'un ongle cassé), il faudrait à l'alcoolique notoire la volonté de se sortir d'une situation bien souvent catastrophique et inextricable par ses seuls et propres moyens.

Pour autant, si je critique le jugement condescendant de ce collectif d'arriérés présomptueux à lunettes que l'on nomme génériquement société, je ne m'abaisserai pas à donner raison à l'alcoolique notoire. Mais, revenons à nos moutons.

L'heureux amateur de Noël, quant à lui bien au-dessus d'une quelconque servitude aux spiritueux, va dépenser des fortunes en cadeaux divers et variés pour offrir joies et bonheurs autour de lui. Il va manger et boire plus que de raison, va lever son verre à la santé d'un nombre incalculables d'inconnu(e)s et de causes perdues, va trouver son bonheur dans d'agréables ambiances emplies de chaleur humaine et de convivialité, lorsqu'il n'est pas capable d'une simple salutation au vagabond que chaque jour, il croise sur le chemin de son sacro-saint travail.

On est en droit de se demander quelles raisons poussent cet individu à un tel comportement ? Pourquoi l'heureux amateur de Noël fait-il donc tout ceci ?

Pour oublier que le reste de l'année, il est un connard fini. Qu'il n'est qu'un cloporte empli d'amertume et d'égoïsme, qui piétine les autres pour parvenir à des fins on ne peut plus haïssables, laissant ainsi libre cours à sa misanthropie et son dénigrement du genre humain au profit de sa seule et unique personne qu'il vénère, dans le secret de ses égarements, tel un dieu.

En ce sens, Noël est un peu son eau de vie en lui permettant, l'espace de quelques jours, d'oublier qui il est réellement et de devenir quelqu'un d'autre.

Tout comme le véritable alcoolique.

Joyeux Noël, donc.

samedi 11 décembre 2010

Méthodologie et irresponsabilité hivernale.


Quelle ne fut pas ma surprise quand, après quelques jours coupés du monde, à couper du bois à grands coups de hache tout en sifflotant la marche turque, je me reconnectais au monde moderne et allumais mon récepteur radiophonique : la France était sans dessus-dessous, en proie au chaos le plus total.

Les nouvelles tombaient comme des retraités un jour de canicule.
Les journaux nationaux ne titraient que sur ce phénomène hors du commun.
Les rédactions des quotidiens n'en avaient que pour un constat effrayant.
Le pays était paralysé.

Désemparé, je me précipitais sur mon balcon, le cœur lourd, le souffle court et l'angoisse collée au ventre, prêt à voir de mes propres yeux mon quartier ridé par les affres de la l'anarchie et du désordre, proie exsangue d'une confusion sans pareille... Je m'avouais une pointe légère d'étonnement en constatant que les passants déambulaient sans peine, que le pavé de la rue n'était pas tâché par le sang des victimes de la discorde et que surtout, outre le chant gracieux des oiseaux et le gambadement alerte du chien des voisins, la circulation automobile était on ne peut plus fluide.

Devant ce constat somme toute déstabilisant, j'en arrivais à me demander si durant mon absence, ce grand pays des droits de l'Homme qu'est la France ne s'était pas réduit à la seule région Ile-de-France, laissant pour compte, attaché à un arbre sur le bord d'une autoroute, ce concept campagnard si abstrait aux urbains franciliens : la Province. Je me rassurais rapidement à la vue du drapeau tricolore flottant gaillardement au balcon de l'école municipale où, tels de guillerets pinsons, des enfants se donnaient grand mal à sortir nos valeureux et respectables anciens de leur sieste quotidienne, allongés confortablement qu'ils sont un peu plus chaque jour sur le matelas délicat d'une existence menée à l'ombre rassurante des trente glorieuses.

Remis de mes émotions, j'allumais le poste de réception télévisée et assistait impuissant, au défilé d'images et reportages montrant aux yeux du monde des files sans fin d'automobiles bloquées, de camions empilés sur le bas-côté, d'accidents et de citoyens désemparés. J'écoutais, attentif et perméable au désarroi humain, les récits de ces malheureux, délaissés par les pouvoirs publics, abandonnés par l'Etat, seuls dans la tourmente d'un mal ô combien singulier causé par, et je cite là le dictionnaire, de l'eau congelée qui tombe sous la forme de flocons blancs et légers.

Pourtant, quelque chose me chiffonnait.

Partant de là, et devant le constat sans appel d'une certaine différence de points de vue, dans une empathie allant à l'encontre de l'ensemble de mes principes misanthropiques, je me glissais dans la peau peu halée du citoyen lambda afin de tenter de revivre, chronologiquement parlant, les faits.

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JOUR J-1 : Je suis un citoyen qui évolue dans l'air de son temps. Aussi, grâce aux nouvelles technologies auxquelles je suis pleinement asservi, que ce soit internet, la télévision ou la radio, je suis informé d'une alerte orange à la neige émise par Météo France. Je vaque à un repos bien mérité avec la satisfaction d'être pleinement informé, afin d'attaquer avec la vaillance des grands hommes une dure journée de labeur à venir.

JOUR J : Individu responsable pourfendant l'ignorance à l'ombre de mes propres insuffisances, je posséde une parfaite connaissance de la définition d'une alerte orange (ndlr : " Soyez très vigilant : des phénomènes dangereux sont prévus. Tenez-vous au courant de l’évolution de la situation et suivez les conseils de sécurité émis par les pouvoirs publics "). J'ai donc tous les éléments en main pour prendre une décision réfléchie quant à cette journée à venir.

HEURE H : Citoyen exemplaire, garde à mon échelle des valeurs humanistes de mon pays, mortel responsable doué de raison, capable d'adopter un comportement probant et adapté à toute circonstance, je décide de prendre mon véhicule.

HEURE H+5 : Je suis bloqué dans des embouteillages sans fin, engendrés par d'importantes chutes de neige qui, ô miracle (je m'en rappelle maintenant) ont été annoncées la veille au soir par les services de Météo France qui, il faut l'avouer, ont acquis au fil du temps une certaine respectabilité, en dépit même d'un certain nombre d'approximations.

HEURE H+10 : En proie, à l'image de mon pays, à l'immobilisme le plus total, je m'en prends avec véhémence aux pouvoirs publics, de n'avoir pas mis en place assez tôt des protocoles d'urgence m'empêchant d'être un crétin sans nom, ignorant de manière délibérée les difficultés que rencontrent les services publics pour être effectifs, et ce depuis la décentralisation irréfléchie de la DDE.

HEURE H+11 : Je m'en prends maintenant à mes concitoyens, eux-mêmes bloqués par les intempéries et pris dans le même chambard que moi, d'avoir fait preuve d'une accablante stupidité, cependant similaire à la mienne.

HEURE H+12 : Je commence à prendre conscience de l'absurdité de mon comportement et de l'étroitesse de mon esprit.

HEURE H+14 : Cette prise de conscience consommée, je me dirige, abattu que je suis, vers le centre de secours que les pouvoirs publics ont crée dans l'urgence, pour assister les benêts de mon genre.

JOUR J+1 : Deux choix bien distincts se présentent à moi :
OPTION 1. Ouvrir à torts et à travers cette aberrante fosse à inepties qui me sert de bouche, faisant ainsi preuve d'une médiocrité sans nom, oubliant par là-même que mon rang d'être humain me donne des droits mais me confère aussi des devoirs, dont le premier d'entre eux n'est autre que d'essayer, dans la mesure du possible, de faire fonctionner cette chose que l'on nomme communément 'conscience' et ce, afin de montrer, dans une certaine limite propre à l'exigüité de ma condition, l'exemple.
OPTION 2. Fermer définitivement et modestement, dans un réflexe civique, cet astigmatisme verbal qui me sert à inonder mon environnement proche d'absurdités en tous genre.

N'ayant que peu de considération pour ce dernier choix - celui-ci m'empêchant de montrer au monde entier le misérable dénuement de mon quotidien - je choisis l'option 1 et prends à témoin le premier venu quant à l'inefficacité des pouvoirs publics, criant à l'injustice avec la véhémence des irresponsables notoires, le tout relayé par des médias aussi pertinents que la présence d'un passeport au beau milieu d'un champ de ruines.

JOUR J+9832 : Je m'endors paisiblement sur mon lit de mort, drapé du suaire de mes errances, bercé par les derniers soubresauts d'une ignorance n'ayant pour limites que l'inconsistance incongrue du manque de discernement dont aura pâti mon existence délétère, alors que je me bornais à penser le contraire.
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Personnellement, à la lecture de ce tragique dénouement, j'ai pris du potage.
Deux fois.