jeudi 18 novembre 2010

Le remaniement ministériel, pour les nuls.


Alors que j'étais en train d'écrire au contrôleur des impôts, m'adonnant aux joies d'imaginer supplices, éviscération et autres tortures, deux mots aux apparences inoffensives s'échappèrent de mon récepteur radiophonique pour venir saccager l'illusoire quiétude dans laquelle se prélassaient mes oreilles : remaniement ministériel.

Il m'eut été aisé de pouffer à cet instant rien qu'en propulsant cette locution en images, mettant en scène un défilé d'incapables notoires et d'incompétents avertis sur le parvis d'une bâtisse qui n'a de significative que l'apparence. J'aurais pu - dans le même temps - prêter un distrait tympan à l'énumération des nouveaux élus à la crétinerie faite humaine. Mais, mon esprit vaqua rapidement à une tâche plus palpitante : il n'eut à fournir guère d'efforts pour ce faire.

De part cette passion qu'humblement je voue aux questions inutiles, j'en vins à me demander comment expliquer à une petite tête blonde quel était cet effrayant mécanisme que le remaniement ministériel. Comme faire comprendre à un être dépourvu de toute corruption intellectuelle ce concept ô combien abstrait à celles et ceux qui ont un jour lu quelque part, au détour de quelques pages, la définition du mot "crédibilité" ?

Une idée me vint alors.
J'imaginais qu'il me fallait cuisiner un plat de pâtes à l'indienne à un adorable bambin.

(Le récit se poursuivra au présent,
pour intégrer une notion d'action, peu évocatrice aux élus sus-nommés).

Auto-proclamé président de la république de ma cuisine, il me faut sélectionner parmi mes administrés un conseil d'éléments sûrs et compétents, pour réaliser au mieux ma préparation culinaire. J'ouvre donc le réfrigérateur (sans y mettre l'enfant) et y prends du poulet, de la crème fraîche, des poivrons, du fromage râpé et des tomates. Je fais de même avec le placard, où je prélève pâtes, curry et aromates.

Je me mets donc à l'œuvre, place tous les éléments dans la même écuelle, mélange le tout, faire cuire à petit feu : en résulte au bout de quelques minutes de suaves odeurs s'échappant d'un plat cuisiné rempli de promesses et de saveurs alléchantes. Je dresse donc la table, y installe mon innocent concitoyen en bas-âge et déverse avec entrain la pitance dans nos assiettes.

Et là, quelle n'est pas notre déception quand il nous est force de constater que de cette gastronomie séduisante et affriolante n'est en fait qu'un concentré de fadeur et d'insipidité... Désarroi ! Mélancolie ! Damnation ! Revanchard et quelque peu obstiné, je déverse avec rage le contenu dans la poubelle et me remets prestement à la préparation d'une nouvelle version des pâtes à l'indienne.

Remettant totalement en question ma méthode de préparation, je décide alors de garder certains éléments mais de les placer différemment dans l'ordre de cuisson, tout en en changeant d'autres : ainsi, je fais cuire le poulet dans de l'eau bouillante, les pâtes dans une poêle avec de l'huile d'olive, je remplace les tomates par des choux de Bruxelles, le fromage râpé par du poisson pané, le curry par du poivre et les poivrons par fraises Tagada ©. Je fais cuire le tout, mélange avec conviction et finalement, remplis une nouvelle fois les assiettes avec la bravoure féroce et inébranlable du visionnaire touché par la grâce.

Quelle n'est pas notre déception quand, portant une lampée de cette nouvelle préparation à nos lèvres affamées, nous nous apercevons qu'elle est encore moins bonne que la première... Le désespoir nous saisit. Mais, affaiblis et résignés, nous abdiquons et acceptons de manger ce misérable rata. Pire, nous en faisons des bocaux que nous plaçons au congélateur (dans lequel je n'ai toujours pas mis l'enfant), sur lesquels nous inscrivons, non sans peine, cette fatidique inscription : " A consommer jusqu'en 2012 ". Quelques mots laconiques qui montreront du doigt à l'humanité mon incompétence, pour les siècles à venir...

Voilà.

Il ne vous reste plus qu'à remplacer, dans cette brillante métaphore culinaire, président de la république de la cuisine par président de la république française, réfrigérateur par ENA, placard par Elysée, les divers éléments nécessaires à la préparation de votre préparation par des noms de ministres ou de secrétaires d'Etat et vous pourrez ainsi expliquer à vos enfants que ce plat peu ragoutant qu'ils vont devoir manger, sous peine d'être privé de dessert, n'est autre que la représentation quelque peu détournée du remaniement ministériel, sous la Vème république.

Merci qui ?

5 commentaires:

  1. rousseau jonathan18 novembre 2010 à 18:32

    merci pour l'explication c'est bien plus explicite (malgré le plat de pâtes)que ce que j'ai vu au journal de claire chazal pendant que je me coupais les ongles des pieds !

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  2. J'ai entendu parler d'un petit accident lors du repas, ou le verre de vin est tombé en se brisant dans l'assiette y déversant son contenu et y laissant plein de petits bouts de verre...

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  3. j'ai tt bien fait comme expliqué & je trouve que la fraise tagada se marie super bien avec les choux de bruxelles.
    Par contre qu'il se marie avec n'importe quoi y'a rien à faire je digère pas le président... puis alors je vs passe les détails mais j'ai beau essayer de me chatouiller la glotte il veut pas ressortir. peut-être un lavement ? (merci docteur)

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  4. c'est parce qu'on mange mal déjà à la base lol

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  5. Il y avait une série de publicités fort mal faites, à ce sujet, il y a quelques années.

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