Je lisais récemment quelque part - ne me demandez pas où - la phrase suivante : " Soyons rock'n'roll : faisons tout à l'arrache." Lâché avec une désinvolture frisant l’apoplexie intellectuelle, cet appel à une certaine anarchie organisationnelle est assez équivoque quant au fossé qui nous sépare désormais de celles et ceux qui ont fait la gloire du mouvement culturel et sociologique que fut le rock’n’roll, dans les années 60. De cette pléiade d’artistes et esprits libres, symboles d’une époque qui vit l’avènement d’une certaine liberté d’expression et d’un rejet de l’ordre établi dicté par une morale alors bien étriquée. C’était alors l’âge d’or du rock’n’roll.
Si l’on écoute encore aujourd’hui les groupes qui marquèrent ces années, si l’on lit les auteurs qui ont tant influencé la jeunesse d’alors, si l’on s’extasie jusqu’à la lie des œuvres de certains visionnaires des sixties et des seventies, inutile de se voiler le peu qu’il nous reste de face : la plupart d’entre nous le fait avec un snobisme avéré. N’est-ce pas un comble de bon goût et un authentique signe de culture que de lire un Kerouac, d’admirer du Warhol ou encore de fermer les yeux au son d’In-Gadda-Da-Vidda d’Iron Butterfly ?
Si vous poussez un peu plus vos recherches en termes d’errances humaines, vous ne manquerez pas d’entendre, au détour d'une conversation, à base de petits fours, le tristement laconique "J’aurais aimé vivre durant les sixties : eux au moins étaient libres de faire ce qu’ils voulaient ! ". Tout un monde, que cette déclaration...
Si seulement l’on pouvait, de nos jours, tapoter gentiment sur la tête des gens sans risquer de finir au tribunal… Bref : revenons à notre réflexion.
Si seulement l’on pouvait, de nos jours, tapoter gentiment sur la tête des gens sans risquer de finir au tribunal… Bref : revenons à notre réflexion.
Il est sacrément cocasse de noter que beaucoup auraient aimé porter les couleurs de la révolution à une époque qui est tout sauf la leur. A une autre époque. Ces mêmes personnes qui s’endorment chaque soir paisiblement au beau milieu de la confortable routine de leur existence qui n’a rien de révolutionnaire. Ces mêmes apprenti-érudits sacrifiés sur l’autel de l’auto-suffisance qui attendent un improbable messie qui viendra les haranguer, afin de porter les germes de la révolte aux portes de qu’ils voient chaque jour en détournant les yeux. Aux portes de qu’ils acceptent implicitement par leur silence et leur paresse. Aux portes de ce qu’ils cautionnent ostensiblement en ne disant mot.
Tout cela m’amène à me demander comment procéder pour fédérer ces mous du ventre, afin d’en faire une force qui ENFIN, pourra inverser l’imperturbable course de l’humanité qui la mène, de manière toute aussi certaine, vers une apathie notoire dans laquelle elle s’endormira, telle la Belle attendant le doux baiser d’un Prince Charmant qui ne viendra jamais. J’ai longtemps cru en Disneyland et dans le socialisme, mais il m’a fallu, après constat de mon échec, chercher ailleurs.
Conclusion : c’est bel et bien d’une nouvelle guerre mondiale dont nous avons besoin, pour nous sauver de nous-mêmes.
Comme j’entends des protestations au fond de la salle, je vais m’expliquer.
Avec un jovial conflit à l’échelle mondiale, l’économie serait relancée : finies la crise, la décroissance, l’inflation et l’acnée. Les systèmes aujourd’hui en vogue seraient rendus obsolètes et seraient alors remplacés. Les disparités entre les différentes couches sociales seraient moindres et le fossé générationnel comblé. L'on vivrait enfin dans une dictature assumée, et non pas sous la fantomatique notion de démocratie que l'on connaît actuellement. Terminés les privilèges des uns et les avantages des autres : tout le monde deviendrait égal dans l'apanade. Une véritable révolution sociale, économique et culturelle, donc !
Alors, je vois déjà pointer les questions : « Comment s’y prendre pour déclencher la troisième guerre mondiale ?! On ne va jamais y arriver… » Défaitisme typiquement français que cette remarque ! Voici une liste de points à observer (entièrement, ou en partie pour les débutants) chaque jour, afin de faire en sorte que dans quelques temps, l’on puisse prendre les armes contre n’importe qui ou n’importe quoi :
- Cultivez l’indifférence et marquez bien vos différences avec vos prétendus semblables, afin d’en faire des forces qui s’opposent
- Dénigrez à peu près tout et n’importe quoi, à vau l’eau, sans distinction de races, ni de couleurs, et encore moins de religion
- Jugez tout et n’importe qui à l’emporte-pièces, sans chercher à comprendre les motivations des uns et des autres
- Partez du principe, que vous considèrerez comme acquis, que vous êtes supérieurs à la majorité de vos concitoyens, à bien des égards
- Octroyez-vous sans frémir le droit de juger autrui, et de commenter impunément sa vie
- Ignorez celles et ceux qui pourraient dénoter avec la définition de normalité qui est la vôtre et pointez les du doigt en montrant à qui voudra bien le voir la grossièreté de leur comportement
- Piétinez les idées des autres si elles sont différentes des vôtres
- Mettez tous les éléments à votre disposition entre vous et l’Autre, afin de ne surtout pas risquer de le comprendre, un jour
- …
Soyez créatifs : il en va de l’amélioration sur le long terme de nos modes de vie ! Car, grâce à cette liste non-exhaustive que je vous laisse libre de compléter, nous pourrons prendre demain les armes, taper sur le bec d’à peu près tout le monde sans raison particulière et baigner enfin notre pays dans le sang du renouveau et de la révolution !
Et ça, c’est la classe !
Allez, je vous laisse : j’ai la place assise d’une retraitée à prendre.

les grandes figures du rock n roll ne font rien à l'arrache ! Les Kinks, Les Who, même les Beatles n'étaient ils pas de grands perfectionnistes ?
RépondreSupprimerFait 1/
Avoir l'air désorganisé peut demander un sacré travail en amont
Fait 2 (pour la bonne bouche)/
La dérision, c'est très sérieux
Je n'ai rien à ajouter à ce pertinent commentaire.
RépondreSupprimerles grandes figures de la guerre sont également assez perfectionnistes, & l'air dépenaillé voire détripaillé du bidasse cache un naturel cartésien. Ainsi le monde de la boucherie rejoint il encore une fois celui du rock'n'roll,& nous voilà rassurés, nous pourrons guerroyer la fleur au fusil & trucider en écoutant all you need is love !
RépondreSupprimermerci pour ce nouveau sens à ma vie !
Les allemands avaient des musiques assez rock'n'roll pour l'époque, afin de partir en guerre... J'ai toujours dit qu'ils étaient visionnaires.
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