lundi 4 octobre 2010

De la beauté fugace des instincts grégaires.


Il suffit d’ouvrir des yeux un temps soit peu curieux sur le monde pour s’apercevoir assez rapidement qu’il existe divers niveaux et intensités d’expression de l’instinct grégaire chez les animaux : du tournesol qui suit la course du soleil, imitant ses milliers de congénères, aux moutons qui docilement prennent le pas du premier chef de file venu, comme l’illustre si bien la célèbre fable de Rabelais.

Mais qu’en est-il réellement chez l’être humain ? Car, si cela fait des millénaires que les moutons et les tournesols observent sensiblement des comportements similaires à leurs valeureux ancêtres, sans passer pour autant par la case « innombrables guerres et saignées multiples », l’Homme a quant à lui subi ce grand phénomène que l’on nomme communément l’évolution. Aussi, on est en droit de se demander si aujourd’hui, au 21ème siècle, celui qui trône en haut de l’échelle évolutive observe lui aussi des comportements typiquement conformistes, dépourvus de la moindre trace d’intelligence.

Et bien, je suis tout à cette joie contenue de vous répondre par l’affirmative !
Oui, parfaitement : l’Homme obéit à certains instincts grégaires.

En voici la démonstration, sous vos yeux ébahis.

Préambule : Prenez un train. Placez-y et laisser infuser une farandole d’êtres humains doués de conscience et de bêtise singulière. Démarrez le dit-train. Attendez quelques heures.

Résultat : Alors que vous êtes tranquillement assis(e) à votre place, bouquinant un quelconque livre ou magazine, il se passe soudain quelque chose. Ce n’est qu’un pressentiment, mais vous savez qu’un drame se prépare, et que la fin de votre périple va s’en trouver changée. L’excitation se répand dans l’air. L’ambiance devient électrique. Le paysage semble défiler plus lentement, par la fenêtre… C’est alors que, sans crier gare (ce qui serait inopportun, puisque vous n’y êtes pas encore), une personne se lève dans le wagon, descend sa valise, puis se dirige innocemment vers l’une des plates-formes.

Vous trouvez cela anodin ?... Pourtant, c’est LE signal.

D’un coup d’un seul, vous vous retrouvez entouré(e) de gens qui s’affairent sans relâche à descendre leurs effets et qui se font un devoir de s’entasser au plus vite dans le couloir. Pris d’un sentiment de panique peu commun, vous consultez frénétiquement votre montre, de peur de rater la descente à votre gare d’arrivée. Pour finalement vous apercevoir qu’il reste plus de vingt minutes de trajet. Vu qu’il est ici inutile d’insister sur le fait que les trains de la SNCF ne sont pas réputés pour leur ponctualité, vous retrouvez instantanément votre calme.

Deux opportunités se présentent alors à vous :
1/ Vous moquer sans mot dire de ce ramassis de nigauds
2/ Vous moquer sans mot dire de ce ramassis de nigauds, tout en les observant, afin de tenter de percer ce grand mystère qui les pousse à vivre au plus proche la définition du mot « promiscuité ».

Comme vous êtes naturellement friand d’errances humaines, vous optez pour la seconde proposition et vous livrez aussitôt à une minutieuse observation de leur comportement.

Le regard hagard, ils sont entassés les uns sur les autres, ne se parlent pas, emmitouflés dans leur manteau, alors que la température du wagon est restée scrupuleusement la même. Le plus épatant de tous étant le brillant personnage qui s’obstine à rester au niveau de la porte coulissante du wagon, et qui doit donc, toutes les trente secondes, actionner inlassablement le mécanisme d’ouverture de cette dernière, afin de ne pas finir écrasé(e) contre son montant, suscitant ainsi le regard attendri de ses compagnons d’infortune.

Et lorsque le train s’arrête enfin à son terminus, ces mêmes individus - restés pas moins de vingt minutes entassés les uns sur les autres, s’échangeant sans mot dire des coups d’œil compatissants - se précipitent avec rage vers la sortie, maugréant à tout va, se bousculant allègrement, marchant sur les principes les plus fondamentaux de la politesse. Tous à l’énervement silencieux d’avoir tant attendu debout, au beau milieu d’un couloir étroit, ballotés par les mouvements du train. Et durant tout ce temps, leur regard n’aura jamais été traversé par la plus éphémère lueur d’intelligence… fut-elle-même fugace.

On est alors en droit de se demander quel instinct pousse ces personnes à observer ce genre de comportement. La peur de ne pas pouvoir descendre à quai, imaginant un scénario démoniaque faisant des agents de la SNCF les instigateurs d’un machiavélique complot à l’encontre des usagers ? L’angoisse irrationnelle de ne pas avoir le temps nécessaire de dévaler les deux marches du wagon, harnaché de ses effets ? L’amour de la promiscuité et de la chaleur humaine ?

Je confesse mon ignorance des réponses à ces questions. Cependant, il y a une chose dont je suis certain : c’est le plaisir que je ressens au moment d’aider les personnes âgées à descendre leurs affaires… Trente minutes avant l’arrivée du train en gare.

Note : Ceci est une démonstration dont l’éclat se trouve allègrement agrandi en présence des facteurs « longue destination » et « période de retour de vacances ».

dimanche 3 octobre 2010

De la nécessité d’un conflit mondial.

Je lisais récemment quelque part - ne me demandez pas où - la phrase suivante : " Soyons rock'n'roll : faisons tout à l'arrache." Lâché avec une désinvolture frisant l’apoplexie intellectuelle, cet appel à une certaine anarchie organisationnelle est assez équivoque quant au fossé qui nous sépare désormais de celles et ceux qui ont fait la gloire du mouvement culturel et sociologique que fut le rock’n’roll, dans les années 60. De cette pléiade d’artistes et esprits libres, symboles d’une époque qui vit l’avènement d’une certaine liberté d’expression et d’un rejet de l’ordre établi dicté par une morale alors bien étriquée. C’était alors l’âge d’or du rock’n’roll.

Si l’on écoute encore aujourd’hui les groupes qui marquèrent ces années, si l’on lit les auteurs qui ont tant influencé la jeunesse d’alors, si l’on s’extasie jusqu’à la lie des œuvres de certains visionnaires des sixties et des seventies, inutile de se voiler le peu qu’il nous reste de face : la plupart d’entre nous le fait avec un snobisme avéré. N’est-ce pas un comble de bon goût et un authentique signe de culture que de lire un Kerouac, d’admirer du Warhol ou encore de fermer les yeux au son d’In-Gadda-Da-Vidda d’Iron Butterfly ?

Si vous poussez un peu plus vos recherches en termes d’errances humaines, vous ne manquerez pas d’entendre, au détour d'une conversation, à base de petits fours, le tristement laconique "J’aurais aimé vivre durant les sixties : eux au moins étaient libres de faire ce qu’ils voulaient ! ". Tout un monde, que cette déclaration...

Si seulement l’on pouvait, de nos jours, tapoter gentiment sur la tête des gens sans risquer de finir au tribunal… Bref : revenons à notre réflexion.

Il est sacrément cocasse de noter que beaucoup auraient aimé porter les couleurs de la révolution à une époque qui est tout sauf la leur. A une autre époque. Ces mêmes personnes qui s’endorment chaque soir paisiblement au beau milieu de la confortable routine de leur existence qui n’a rien de révolutionnaire. Ces mêmes apprenti-érudits sacrifiés sur l’autel de l’auto-suffisance qui attendent un improbable messie qui viendra les haranguer, afin de porter les germes de la révolte aux portes de qu’ils voient chaque jour en détournant les yeux. Aux portes de qu’ils acceptent implicitement par leur silence et leur paresse. Aux portes de ce qu’ils cautionnent ostensiblement en ne disant mot.

Tout cela m’amène à me demander comment procéder pour fédérer ces mous du ventre, afin d’en faire une force qui ENFIN, pourra inverser l’imperturbable course de l’humanité qui la mène, de manière toute aussi certaine, vers une apathie notoire dans laquelle elle s’endormira, telle la Belle attendant le doux baiser d’un Prince Charmant qui ne viendra jamais. J’ai longtemps cru en Disneyland et dans le socialisme, mais il m’a fallu, après constat de mon échec, chercher ailleurs. 

Conclusion : c’est bel et bien d’une nouvelle guerre mondiale dont nous avons besoin, pour nous sauver de nous-mêmes.

Comme j’entends des protestations au fond de la salle, je vais m’expliquer.

Avec un jovial conflit à l’échelle mondiale, l’économie serait relancée : finies la crise, la décroissance, l’inflation et l’acnée. Les systèmes aujourd’hui en vogue seraient rendus obsolètes et seraient alors remplacés. Les disparités entre les différentes couches sociales seraient moindres et le fossé générationnel comblé. L'on vivrait enfin dans une dictature assumée, et non pas sous la fantomatique notion de démocratie que l'on connaît actuellement.  Terminés les privilèges des uns et les avantages des autres : tout le monde deviendrait égal dans l'apanade. Une véritable révolution sociale, économique et culturelle, donc !

Alors, je vois déjà pointer les questions : « Comment s’y prendre pour déclencher la troisième guerre mondiale ?! On ne va jamais y arriver… » Défaitisme typiquement français que cette remarque ! Voici une liste de points à observer (entièrement, ou en partie pour les débutants) chaque jour, afin de faire en sorte que dans quelques temps, l’on puisse prendre les armes contre n’importe qui ou n’importe quoi :

  • Cultivez l’indifférence et marquez bien vos différences avec vos prétendus semblables, afin d’en faire des forces qui s’opposent
  • Dénigrez à peu près tout et n’importe quoi, à vau l’eau, sans distinction de races, ni de couleurs, et encore moins de religion
  • Jugez tout et n’importe qui à l’emporte-pièces, sans chercher à comprendre les motivations des uns et des autres
  • Partez du principe, que vous considèrerez comme acquis, que vous êtes supérieurs à la majorité de vos concitoyens, à bien des égards
  • Octroyez-vous sans frémir le droit de juger autrui, et de commenter impunément sa vie
  • Ignorez celles et ceux qui pourraient dénoter avec la définition de normalité qui est la vôtre et pointez les du doigt en montrant à qui voudra bien le voir la grossièreté de leur comportement
  • Piétinez les idées des autres si elles sont différentes des vôtres
  • Mettez tous les éléments à votre disposition entre vous et l’Autre, afin de ne surtout pas risquer de le comprendre, un jour

Soyez créatifs : il en va de l’amélioration sur le long terme de nos modes de vie ! Car, grâce à cette liste non-exhaustive que je vous laisse libre de compléter, nous pourrons prendre demain les armes, taper sur le bec d’à peu près tout le monde sans raison particulière et baigner enfin notre pays dans le sang du renouveau et de la révolution !
Et ça, c’est la classe !

Allez, je vous laisse : j’ai la place assise d’une retraitée à prendre.