Parfois, la nature humaine m’interpelle. Certes, je pourrais faire comme la plupart de mes semblables et m’enthousiasmer pour la dernière voiture à la mode, agiter mes petits bras en glapissant à la vue du nouvel iPhone ou encore me rouler par terre à la seule évocation du film du dimanche soir sur TF1.
Mais, il n’en est rien. Mon malheur étant que j’exècre les comportements populaires.
Aussi, à cela, je préfère largement observer avec une enjouée minutie les errances de ces mêmes semblables (ce qui ne manque pas de les rendre sympathiques à mes yeux), les répertorier puis en faire une sorte de carnet de route. Mon guide du routard de la niaiserie humaine, en somme. Et si vous souriez à la lecture de ce paragraphe, c’est que vous aussi, il vous arrive de vous livrer à ce genre de pratiques.
Mais, trêve de palabres et venons-en à l’essentiel : la raison qui me pousse à écrire ces quelques lignes.
Récemment, empruntant innocemment les transports en commun parisiens, alors que je me perdais peu à peu dans le flot continuel de mes pensées, rêvant de grandes étendues de sable tiède longées par un océan déversant ses vagues bleutées sur le corps presqu’entièrement dénudé de ma compagne, je fus interrompu par une agression extérieure impromptue et totalement inopportune : un jeune écoutant une musique primaire sur son téléphone portable.
Il m’eut alors été aisé de glisser dans mes yeux l’ombre menaçante de la Gestapo et d’utiliser l’empreinte indéniable qu’a laissée ce groupuscule dans l’inconscient collectif pour fusiller du regard cet importun personnage. Mais, au lieu de me livrer à cet exercice de style facile et peu risqué – que je maîtrise relativement bien au demeurant – je préférais entamer une réflexion sur la pertinence de ce genre de comportements.
La voici. Pour vous, lecteurs.
A la nuit de temps, lorsque l’homme vivait dans des cavernes et pouvait encore battre sa femme sans être importuné par quelque trublion rabat-joie, la musique n’était pour ainsi dire qu’une forme d’expression sommaire, n’adoucissant en rien les mœurs et pouvant se résumer à quelques interactions sonores entre un bout de bois et une pierre. L’humanité passant tour à tour par l’âge de pierre, l’âge de fer et enfin l’âge con – dont elle ne semble pas vouloir sortir – la musique allait en grandissant, se développant au son des instruments que l’homme inventait, gagnant peu à peu ses lettres de noblesse jusqu’à l’époque dorée de l’histoire du genre humain où des Bach, Beethoven, Verdi ou encore Wagner portèrent la musique au paroxysme de sa beauté terrestre.
Bon, certes : après, il y eut Johnny. Chacun fait des erreurs. Mais, là n’est pas le propos.
Il y a quelques décennies de cela naquirent les procédés d’enregistrement et de reproduction sonore, qui n’ont cessé d’évoluer depuis : du vinyl à la casette audio (véritables petites révolutions à leur époque, rendant la musique alors en quelque sorte transportable), nous pouvons aujourd’hui écouter des musiques sur des fichiers dématérialisées à la pureté inégalable, sur des systèmes d’écoute n’ayant – pour certaines – que peu de choses à envier aux auditoriums.
Des millénaires d’évolutions et de créativité musicale, des siècles de compositions originales sans cesse renouvelées, des décennies d’innovations technologiques et de prouesses techniques… pour en arriver à une petit con écoutant une musique de primates sur une téléphone portable muni d’un haut-parleur de deux watts, réduisant à une ridicule bande de fréquences les capacités de l’ouïe humaine (normalement comprises entre 80 et 20.000Hz), conspuant allègrement le registre des basses si doux à nos oreilles, celui des bas-médiums si chaleureux à notre audition, dénigrant sans rougir de quelque honte ces aigus si légers et chers à notre écoute, pour ne laisser filtrer au final que hauts-médiums criards et irrémédiablement nombrilistes.
Aussi, je suis colère. Vraiment. Car, je préfère mille fois écouter, tout en grimaçant mon dû, Maurice jouait de son accordéon désaccordé dans la ligne 12 du métro parisien, arborant son sourire édenté à chaque fausse note, que d’avoir à supporter les offensives caractéristiques et nauséabondes d’un haut-parleur de téléphone portable.
Et cela, ne serait-ce que pour légitimer le fait que je vienne de monopoliser cinq minutes de votre précieux temps pour vous faire lire de la merde, je tenais à ce que le monde entier le sache.
Je peux maintenant retourner à mes occupations.

de tout coeur avec vous !
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