vendredi 17 septembre 2010

Jugement dernier : comment sauver sa peau.


Mille fois par le passé, l’humanité a lu la promesse de son salut. Mille fois depuis les temps immémoriaux, des illuminés ont promis aux hommes la grâce divine et la vie éternelle. Mille fois depuis la nuit des temps, des prophètes venus de nulle part ont vendus les portes du paradis au plus offrant.

Mais, qu’en est-il réellement aujourd’hui ?

Alors qu’il n’est pas outrancier d’écrire quelques mots ou d’apposer divers smileys sur le profil public Facebook d’une personne décédée, tout en mangeant des frites dégoulinantes de graisse achetées dans un restaurant de proximité aux enseignes lumineuses et criardes, au nom rappelant sommairement le rêve américain, le tout sans perdre une miette des images d’un avion de ligne s’encastrant dans un gratte-ciel, on nous dit que l’humanité est à un tournant de son histoire… J’avoue que la dernière fois que j’ai passé l’angle de ma rue, je ne l’ai pas croisé. Pourtant, vu sa taille, il m’aurait été difficile de la manquer, cette humanité qui court à sa perte en agitant ses petits bras potelés.

Toujours est-il qu’en 2010, les nouveaux mercenaires du salut humain sont pléthores. Je ne m’attarderais pas à les énumérer ici : mon café prendrait froid. Pourtant, il me paraît impossible d’ignorer les déceptions engendrées par toutes ces errances issues de la conscience collective… A supposer que le mot « conscience » ait encore une quelconque valeur. Aussi, à l’heure où la moitié de l’humanité se perd dans des conjectures sans fin, des ouvrages littéraires sans intérêt censés sauver l’âme humaine de ses tourments, des discours aussi creux qu’une coquille ayant malencontreusement égaré sa moule, je vous le dis – ou plutôt vous l’écris – haut et fort : il existe un Sauveur.

Oui, parfaitement. Et je vais vous le prouver.

De prime abord, en y réfléchissant quelque peu, on pourrait éventuellement penser que ce sauveur que le monde entier attend depuis des décennies et des siècles, ce n’est autre que ce vieil ami qui longe certaines de nos routes de campagnes : le platane. En effet, qui d’autre incarne mieux le sauvetage de l’être humain que cet arbre inoffensif qui chaque weekend, se sacrifie pour purifier la surface de la planète de ses éléments les plus stupides, de celles et ceux qui prennent le volant pour aller agiter bras et jambes sur une piste de danse après avoir consommé de l’alcool sans modération aucune, par exemple ? L’envie de remettre entre ses branches notre salut est alors grande, certes… Mais, comment ignorer dans le même temps que malgré toute la sympathie que l’on peut porter à cet innocent feuillu, ce dernier n’est pas à l’abri de retirer la vie à de nobles et forts aimables concitoyens, bien loin des clichés cités quelques lignes plus haut.

Aussi, devant ce constat, il me fallait chercher ailleurs.

Aujourd’hui, après une réflexion et une observation minutieuse de la vie, je suis donc en mesure de vous citer le nom de notre Sauveur.

Le dénicher fut une longue quête : il me fallait mettre en évidence un trait commun à tout pays du monde, à tout être humain, à toutes croyances ou religions, à tout mode de vie. Une donnée que la majorité des habitants de la planète Terre partageraient. Un lien unanime qui permettrait à tout homme ou toute femme de se rapprocher, dans un élan humaniste, de son prochain, et ce pour le salut de tous. Et cette ‘chose’ que nous avons toutes et tous partagée au moins une fois avec la grande majorité de nos semblables, c’est cette dame que nous nommons à demi-mots, dans le souffle d’un soupir, l’hypocrisie.

Et c’est bien elle qui nous sauvera du jugement dernier qui nous menace chaque jour un peu plus de ses promesses d’interminable chaos. En effet, qui d’autre nous permettrait de faire croire à notre prochain que nous l’aimons profondément tout en déversant sur son dos une montagne de crottin ? Qui d’autre nous octroierait la possibilité de sourire sans discontinuer à notre voisin tout en manigançant les pires tracasseries à son encontre ? Qui d’autre nous accorderait cette joie de pouvoir converser à bâtons rompus avec un ami ou une connaissance tout en élaborant dans le même temps le plus machiavélique des plans censés mener cet interlocuteur à sa perte ?

Voyez par vous-mêmes : grâce à l’hypocrisie, les hommes et les femmes de demain auraient enfin cette possibilité, derrière laquelle ont couru les êtres humains durant des millénaires, d’avoir l’illusion de s’aimer les uns et les autres. De pouvoir compter sur son prochain, le tenir en haute estime, croire en lui comme en soi-même. Tout en reprochant au seul sort - avec un brin de fatalité - les mauvaises fortunes de la vie. Enfin, nous serions toutes et tous uni(e)s en un fraternel élan que seuls les êtres humains sont à même de partager : songer à mal tout en donnant l’illusion de penser au plus grand des biens.

Par voie de conséquence, je vous invite dès la fin de la lecture de cet illustre billet à devenir le ou la plus abject(e) des hypocrites. Et ce, pour le seul salut de l’entière humanité. Et si vous ne vous en sentez pas encore capables, faites comme moi : adoptez dans votre entourage deux ou trois hypocrites chevronné(e)s. Ces derniers auront tôt fait de vous amener sur le long chemin du salut de votre âme.

4 commentaires:

  1. j'aime beaucoup ce que vous faites.

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  2. moi aussi mais je vais dire que j'aime pas histoire de pas dire ce que je pense.

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  3. Qu'il est bon de se sentir ainsi suivi, dans des projets aussi vastes que nécessaires.

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  4. on est tous derrière toi !

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