vendredi 24 septembre 2010

Jean de La Fontaine était un con.


Préambule
La fameuse fable de la Cigale et de la Fourmi étant l'une des plus connues de l'auteur ici incriminé, nous axerons notre réflexion autour.

Postulat de départ :
Jean De La Fontaine était un con.

Rappel de la dite fable :
La cigale, ayant chanté tout l'été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau, de mouche ou de vermisseau, elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine, La priant de lui prêter quelque grain
Pour subsister jusqu'à la saison nouvelle
"Je vous paierai, lui dit-elle, avant l'oût, foi d'animal, intérêt et principal."
La fourmi n'est pas prêteuse ; C'est là son moindre défaut.
"Que faisiez-vous au temps chaud ? " Dit-elle à cette emprunteuse,
"Nuit et jour à tout venant, je chantais, ne vous déplaise ".
"Vous chantiez ? J'en suis fort aise. Et bien : dansez maintenant."

Développement :
Voici le genre de fables que l'on narre aux enfants, le soir venu, au moment de s'endormir. Des histoires imagées et incarnées par de sympathiques animaux, chers au monde merveilleux de nos bambins. Des contes métaphoriques qui de génération en génération, se transmettent tel un précieux héritage. Qui n'a pas réclamé, dans sa tendre enfance, une histoire à ses parents, afin de sombrer dans un profond et paisible sommeil ?

Oui, mais... Enfants que nous fûmes, adultes que nous sommes : si ces histoires fabuleuses ont bercé notre enfance, il devient intéressant de les considérer une fois plus âgés. Si l'on peut croire à cinq ans qu'un chat est capable de tenir une discussion comme vous et moi, ou qu'en chaussant une paire de bottes spéciales, l'on peut aisément enjamber campagnes et villages d'une seule foulée, il n'en est rien une fois plus âgés. Même, quand on y repense, cela prête au sourire.

Et la réflexion s'arrête généralement là... Pour ces mêmes personnes qui liront à leurs propres enfants les mêmes histoires qu'on leur racontait quand ils étaient petits. Ces enfants qui feront de même avec les leurs, etc... Dans une continuité sans faille que seul l'illettrisme pourrait éventuellement rompre.

Et c'est ainsi que de décennie en décennie continue de vivre un legs d'ignorance et d'approximations douteuses.

C'est probablement à ce stade de votre lecture que vous songez que je suis vraiment un sale con dépourvu de toute humanité, un blasé de la vie qui finira seul, dans une chaumière mal chauffée, sur le bord d'une route nationale, avec pour seule lumière une lampe IKEA © rafistolée avec du ruban adhésif premier prix. Et vous vous félicitez de ne pas être comme moi, vous qui aimez les enfants, et surtout, leur raconter des histoires le soir, avant qu'ils ne dorment. Et pourtant... Prenons donc cette fable de la cigale et de la fourmi et soumettons-la à une analyse en profondeur.

Dans une première interprétation, voici ce que l'on pourrait conclure : la cigale a mené la grande vie sans songer à son avenir et une fois dans la panade, s'adresse à cette exemplaire fourmi qui, contrairement à elle, a su épargner le nécessaire à sa survie afin de passer un hiver sans souci. La cigale incarne donc cette catégorie de personnes que l'on assimile facilement, par les temps qui courent, à un "pique-assiette", vile ensemble de personnes vivant au crochet d'autres. Sous cet angle de vue, la cigale est donc un personnage peu fréquentable, alors que la fourmi est un exemple à suivre.

La plupart s'en tiendront donc à cette interprétation d'une fable, de toute façon, bien inoffensive... Et bien, je m'inscris en faux !

Imaginons la vie de la Cigale.
Celle-ci naît dans les années 80, dans l'ère du socialisme à la Mitterrand. Bercé par le Club Dorothée dans son enfance, notre cigale grandit paisiblement, dans le foyer familial, protégée des tourments de la vie par des parents cigale à l'écoute de leur progéniture... Peut-être même un peu trop, à l'écoute. A l'adolescence, notre amie cigale entre dans une violente rébellion contre l'autorité parentale dans un premier temps, puis l'autorité tout court dans un second. Elle écoute alors Nirvana, se laisse pousser les cheveux et porte des t-shirts noirs (ce qui est, vous en conviendrez, peu commun pour une cigale). A 18 ans, notre cigale se met des cuites tous les weekends, vit sans le sou et s'en moque, tant qu'il lui reste assez pour manger à sa faim et payer les multiples tournées d'alcools et autres qu'elle s'envoie. A 20 ans, notre cigale fait des études sans trop y croire, pour s'occuper. Puis, s'étant quelque assagie, elle décide de monter un groupe de rock'n'roll et de vivre l'existence qui en découle. A 30 ans, notre cigale est toujours célibataire et vit tant bien que mal de sa musique, dans un appartement en collocation avec deux autres cigales, et est bien heureuse de cette existence sans attache parfumée de bohème...

Imaginons maintenant la vie de la Fourmi.
Celle-ci naît aussi dans les années 80, dans l'ère du socialisme à la Mitterrand. Elle est bercée par le même Club Dorothée. Protégée comme l'est la cigale des tourments de la vie, elle travaille bien à l'école, selon les conseils avisés de ses parents, afin " d'avoir une bonne situation " plus tard. A l'âge ou d'autres jouent au foot ou jettent des cailloux sur les passants, notre Fourmi s'inscrit dans un club d'équitation. Elle écoute de la variété française et se délecte des paroles pleines de sens des auteurs de l'époque comme Marc Lavoine. A 18 ans, son permis et son baccalauréat avec mention en poche, elle part en faculté, dans un appartement cossu financé par Papa et Maman, qui lui ont ouvert par la même occasion un livret A et un PEL. Après de brillantes études, notre Fourmi se lance dans la vie active, afin de travailler sans relâche à l'épanouissement de la société, comme ses ami(e)s fourmis. A 25 ans, elle rencontre l'âme-sœur fourmi et file le parfait amour que file la plupart des autres fourmis : sorties au cinéma, repas en amoureux, câlins sous la couette, ballades à IKEA ©, etc...A 28 ans, notre fourmi ayant vécu une existence sans excès, ayant donc mis assez de sous de côté, elle achète un appartement avec sa moitié et deviens donc propriétaire. De quoi mettre en orbite leur plus grand rêve : avoir des enfants...

Ce serait donc ici, par extrapolation, qu'aurait voulu en venir notre ami Jean de La Fontaine... A 30 ans, la cigale a donc sciemment mené une existence totalement décousue et finit bien par avoir ce qu'elle mérite : rien ou pas grand chose. A 30 ans, la fourmi, quant à elle, a réussi sa vie, au regard de critères que la société avait définis bien avant sa naissance. Bonne élève de la vie, elle est donc un exemple plus que recommandable.

On pourrait en rester là... Oui, on pourrait.
Mais, non.

Qui de la fourmi ou de la cigale a su s'affranchir des dogmes et principes dans lesquels elle a été éduquée pour vivre sa vie comme bon lui semble, comme il lui plaît, sans obéir inconsciemment à des standards de vie que d'autres ont définis pour elle ? Qui des deux va là où elle a décidé d'aller, quand bien même c'est nulle part, et non pas là où tout le monde va ?

Cette fable est donc une ode au conformisme, un alléluia à l'uniformisation des modes de pensée et de vie, un hymne à l'abrutissement du plus grand nombre que l'on lit depuis des générations à des bambins ayant aucun recul nécessaire pour entrevoir le mal qui se cache derrière ces mots aux apparences somme toute inoffensifs, faisant de la plupart d'entre eux des futures fourmis qui à leur tour engendreront des bébés fourmis, qui travailleront plus de quarante années au nom de la sacro-sainte société des fourmis, afin d'amasser biens et économies, se complaisant ainsi dans une existence monochromatique à laquelle ils n'auront jamais eu le loisir de réfléchir, car convaincus d'avoir raison de considérer ainsi la vie. Tout cela en pointant du doigt les rares cigales qui croiseront leur chemin, les considérant comme des ratés et des parias d'une soi-disant civilisation qu'ils vénèreront sans même s'en apercevoir.

Conclusion :
Jean de la Fontaine était donc à mes yeux un sale con, puisque cela fait plus de deux cents ans qu'il contribue à former une armée de fourmis.

Reste maintenant à savoir quel est le plus con entre celui qui décrit avec justesse une société au travers d'une fable aux apparences faussement enfantines ou celui qui la lit, sans y réfléchir ni remettre son propre mode de vie en question, à un enfant... Je vous laisse à votre réflexion : j'ai des oeufs sur le feu.

7 commentaires:

  1. mouais... analyse à 2 balles, je me demande qui est le "sale con" dans l'affaire? on peut voir et comprendre beaucoup d'autres choses, moi j'y vois exactement l'inverse...

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  2. Le monde est fait d'une multitude de miroirs dans lesquels il se reflète : chacun est libre de prêter attention aux reflets qui lui chantent. Cela dit, tu es libre de prendre ta plus belle plume et de nous permettre d'ainsi juger de la pertinence de ton point de vue, comme le suggère ton commentaire.

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  3. moi je comprends l'inverse du contraire reflété dans son négatif...
    & ceci m'amène à affirmer qu'effectivement la fontaine est un sale con & la fourmi une salope. & comme Ellan l'a écrit avant moi j'ai même pas à chercher une plume.

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  4. La Fontaine était loin d'être un sale con, bien au contraire si l'on prend en compte l'analyse d'Ellan et qu'on lit entre les lignes. Comme expliqué dans la conclusion: Qui est le plus con? L'auteur qui dénonce avec finesse ou le lecteur qui passe à côté de cela en lisant bêtement une fable et en s'enfermant dans un mode de vie inculqué dès son enfance ?
    Quant au premier commentaire sur cet article (slbigbox),il ressemble d'une certaine façon, de par son dédain, à celui de la fourmi face à la cigale: "Vous chantiez ? J'en suis fort aise. Et bien : dansez maintenant."
    On pourrait presque penser que nous avons enfin droit à un semblant de révolte de la part de la fourmi...

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  5. Analyse très pertinente... Votre nom me dit quelque chose...

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  6. si je comprends bien, moi qui ne lis jamais & à qui on n'a pas inculqué gd chose sauf l'habitude de respirer, j'ai moins de chances qu'un autre d'être con ?

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  7. Définitivement non. Le mystère de la niaiserie humaine est ailleurs.

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