samedi 25 septembre 2010

Opportunisme et Fin du Monde.

 

Il faudrait être aveugle et malentendant - voire les deux dans le même temps - pour ne pas avoir entendu parler de sauvegarde de l'environnement, d'écologie, de recyclage ou encore de protection de notre belle planète bleue. On nous le répète bien assez : si nous ne faisons rien pour changer nos habitudes et nos comportements actuels, que nous ne prenons pas pleinement conscience de la gravité de la situation, nous courrons à la catastrophe. A l'échelle mondiale.

C'est donc un fait acquis : le compte à rebours est lancé.
Jusque-là, nous sommes d'accord.

Il est cependant parfois désagréable d'envisager l'option de la prise de conscience collective comme la seule possible et le mieux adaptée... Accordons-nous donc le loisir d'adopter, le temps de ce billet, un point de vue différent de celui que la logique nous propose, voire nous impose par la force des choses et des décennies d'errances en matière de protection de l'environnement.

Considérons un instant les opportunités de raisonnement que nous apporterait le fait d'envisager, avec le plus grand sérieux, la fin du monde. De fait, qu'est-ce qui pourrait donc nous empêcher de caresser l'idée que précipiter de manière appliquée et soutenue l'apocalypse depuis si longtemps promise à l'humanité serait un moindre mal ? En effet, une fois l'unique source de pollution et de détérioration éradiquée par elle-même - ce qui faciliterait grandement la tâche aux espèces animales sans leur laisser pour autant un pesant devoir de mémoire - la planète devrait retrouver, au bout de quelques millénaires, un équilibre heureux. Ou tout du moins, stable.

De fait, pourquoi ne pas envisager par voie de conséquence la création d'un mouvement populaire pour une apocalypse provoquée, en déterminant minutieusement des actions pertinentes en ce sens ? Concept totalement novateur qui, naturellement, nous inviterait à mettre tout et n'importe quoi dans les containers de tri sélectif (ou tout simplement ignorer l'existence de tout procédé de recyclage), à privilégier l'usage personnel de la voiture au lieu des transports en commun tout en dénigrant consciencieusement la notion de co-voiturage, à faire couler des litres d'eau pour le confort d'un agréable bain au lieu de se contenter d'une vulgaire douche, à veiller à jeter n'importe où emballages ou tout autre vecteur de pollution en se disant que tout cela finira bien par être ramassé (et qu'en plus, cela crée de l'emploi), à consommer massivement du papier afin de contribuer chaque jour un peu plus à la déforestation de la planète tout en refusant catégoriquement l'acquisition de papier recyclé, et tout un tas d'autres petites actions quotidiennes qui nous permettrait de laisser aux générations futures un monde en ruine, en niant l'évidence d'une quelconque corrélation avec notre comportement de citoyen peu scrupuleux à l'égard des gestes écologiques les plus primaires.

Cela permettrait donc de... Pardon, excusez-moi... Oui... Ah bon ?! Surprenant ! On me dit à l'instant que ce mouvement populaire existe déjà et que son nom est « Comportements et petits gestes de tous les jours de celles et ceux qui considèrent le monde comme une vaste poubelle ».

Je vous présente donc mes excuses pour ce doublon qui, je l'espère, ne fera aucune ombre à nos concitoyens qui chaque jour, s'emploient avec application à laisser à leurs enfants un monde moins beau que celui dans lequel ils ont vu le jour.

vendredi 24 septembre 2010

Jean de La Fontaine était un con.


Préambule
La fameuse fable de la Cigale et de la Fourmi étant l'une des plus connues de l'auteur ici incriminé, nous axerons notre réflexion autour.

Postulat de départ :
Jean De La Fontaine était un con.

Rappel de la dite fable :
La cigale, ayant chanté tout l'été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau, de mouche ou de vermisseau, elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine, La priant de lui prêter quelque grain
Pour subsister jusqu'à la saison nouvelle
"Je vous paierai, lui dit-elle, avant l'oût, foi d'animal, intérêt et principal."
La fourmi n'est pas prêteuse ; C'est là son moindre défaut.
"Que faisiez-vous au temps chaud ? " Dit-elle à cette emprunteuse,
"Nuit et jour à tout venant, je chantais, ne vous déplaise ".
"Vous chantiez ? J'en suis fort aise. Et bien : dansez maintenant."

Développement :
Voici le genre de fables que l'on narre aux enfants, le soir venu, au moment de s'endormir. Des histoires imagées et incarnées par de sympathiques animaux, chers au monde merveilleux de nos bambins. Des contes métaphoriques qui de génération en génération, se transmettent tel un précieux héritage. Qui n'a pas réclamé, dans sa tendre enfance, une histoire à ses parents, afin de sombrer dans un profond et paisible sommeil ?

Oui, mais... Enfants que nous fûmes, adultes que nous sommes : si ces histoires fabuleuses ont bercé notre enfance, il devient intéressant de les considérer une fois plus âgés. Si l'on peut croire à cinq ans qu'un chat est capable de tenir une discussion comme vous et moi, ou qu'en chaussant une paire de bottes spéciales, l'on peut aisément enjamber campagnes et villages d'une seule foulée, il n'en est rien une fois plus âgés. Même, quand on y repense, cela prête au sourire.

Et la réflexion s'arrête généralement là... Pour ces mêmes personnes qui liront à leurs propres enfants les mêmes histoires qu'on leur racontait quand ils étaient petits. Ces enfants qui feront de même avec les leurs, etc... Dans une continuité sans faille que seul l'illettrisme pourrait éventuellement rompre.

Et c'est ainsi que de décennie en décennie continue de vivre un legs d'ignorance et d'approximations douteuses.

C'est probablement à ce stade de votre lecture que vous songez que je suis vraiment un sale con dépourvu de toute humanité, un blasé de la vie qui finira seul, dans une chaumière mal chauffée, sur le bord d'une route nationale, avec pour seule lumière une lampe IKEA © rafistolée avec du ruban adhésif premier prix. Et vous vous félicitez de ne pas être comme moi, vous qui aimez les enfants, et surtout, leur raconter des histoires le soir, avant qu'ils ne dorment. Et pourtant... Prenons donc cette fable de la cigale et de la fourmi et soumettons-la à une analyse en profondeur.

Dans une première interprétation, voici ce que l'on pourrait conclure : la cigale a mené la grande vie sans songer à son avenir et une fois dans la panade, s'adresse à cette exemplaire fourmi qui, contrairement à elle, a su épargner le nécessaire à sa survie afin de passer un hiver sans souci. La cigale incarne donc cette catégorie de personnes que l'on assimile facilement, par les temps qui courent, à un "pique-assiette", vile ensemble de personnes vivant au crochet d'autres. Sous cet angle de vue, la cigale est donc un personnage peu fréquentable, alors que la fourmi est un exemple à suivre.

La plupart s'en tiendront donc à cette interprétation d'une fable, de toute façon, bien inoffensive... Et bien, je m'inscris en faux !

Imaginons la vie de la Cigale.
Celle-ci naît dans les années 80, dans l'ère du socialisme à la Mitterrand. Bercé par le Club Dorothée dans son enfance, notre cigale grandit paisiblement, dans le foyer familial, protégée des tourments de la vie par des parents cigale à l'écoute de leur progéniture... Peut-être même un peu trop, à l'écoute. A l'adolescence, notre amie cigale entre dans une violente rébellion contre l'autorité parentale dans un premier temps, puis l'autorité tout court dans un second. Elle écoute alors Nirvana, se laisse pousser les cheveux et porte des t-shirts noirs (ce qui est, vous en conviendrez, peu commun pour une cigale). A 18 ans, notre cigale se met des cuites tous les weekends, vit sans le sou et s'en moque, tant qu'il lui reste assez pour manger à sa faim et payer les multiples tournées d'alcools et autres qu'elle s'envoie. A 20 ans, notre cigale fait des études sans trop y croire, pour s'occuper. Puis, s'étant quelque assagie, elle décide de monter un groupe de rock'n'roll et de vivre l'existence qui en découle. A 30 ans, notre cigale est toujours célibataire et vit tant bien que mal de sa musique, dans un appartement en collocation avec deux autres cigales, et est bien heureuse de cette existence sans attache parfumée de bohème...

Imaginons maintenant la vie de la Fourmi.
Celle-ci naît aussi dans les années 80, dans l'ère du socialisme à la Mitterrand. Elle est bercée par le même Club Dorothée. Protégée comme l'est la cigale des tourments de la vie, elle travaille bien à l'école, selon les conseils avisés de ses parents, afin " d'avoir une bonne situation " plus tard. A l'âge ou d'autres jouent au foot ou jettent des cailloux sur les passants, notre Fourmi s'inscrit dans un club d'équitation. Elle écoute de la variété française et se délecte des paroles pleines de sens des auteurs de l'époque comme Marc Lavoine. A 18 ans, son permis et son baccalauréat avec mention en poche, elle part en faculté, dans un appartement cossu financé par Papa et Maman, qui lui ont ouvert par la même occasion un livret A et un PEL. Après de brillantes études, notre Fourmi se lance dans la vie active, afin de travailler sans relâche à l'épanouissement de la société, comme ses ami(e)s fourmis. A 25 ans, elle rencontre l'âme-sœur fourmi et file le parfait amour que file la plupart des autres fourmis : sorties au cinéma, repas en amoureux, câlins sous la couette, ballades à IKEA ©, etc...A 28 ans, notre fourmi ayant vécu une existence sans excès, ayant donc mis assez de sous de côté, elle achète un appartement avec sa moitié et deviens donc propriétaire. De quoi mettre en orbite leur plus grand rêve : avoir des enfants...

Ce serait donc ici, par extrapolation, qu'aurait voulu en venir notre ami Jean de La Fontaine... A 30 ans, la cigale a donc sciemment mené une existence totalement décousue et finit bien par avoir ce qu'elle mérite : rien ou pas grand chose. A 30 ans, la fourmi, quant à elle, a réussi sa vie, au regard de critères que la société avait définis bien avant sa naissance. Bonne élève de la vie, elle est donc un exemple plus que recommandable.

On pourrait en rester là... Oui, on pourrait.
Mais, non.

Qui de la fourmi ou de la cigale a su s'affranchir des dogmes et principes dans lesquels elle a été éduquée pour vivre sa vie comme bon lui semble, comme il lui plaît, sans obéir inconsciemment à des standards de vie que d'autres ont définis pour elle ? Qui des deux va là où elle a décidé d'aller, quand bien même c'est nulle part, et non pas là où tout le monde va ?

Cette fable est donc une ode au conformisme, un alléluia à l'uniformisation des modes de pensée et de vie, un hymne à l'abrutissement du plus grand nombre que l'on lit depuis des générations à des bambins ayant aucun recul nécessaire pour entrevoir le mal qui se cache derrière ces mots aux apparences somme toute inoffensifs, faisant de la plupart d'entre eux des futures fourmis qui à leur tour engendreront des bébés fourmis, qui travailleront plus de quarante années au nom de la sacro-sainte société des fourmis, afin d'amasser biens et économies, se complaisant ainsi dans une existence monochromatique à laquelle ils n'auront jamais eu le loisir de réfléchir, car convaincus d'avoir raison de considérer ainsi la vie. Tout cela en pointant du doigt les rares cigales qui croiseront leur chemin, les considérant comme des ratés et des parias d'une soi-disant civilisation qu'ils vénèreront sans même s'en apercevoir.

Conclusion :
Jean de la Fontaine était donc à mes yeux un sale con, puisque cela fait plus de deux cents ans qu'il contribue à former une armée de fourmis.

Reste maintenant à savoir quel est le plus con entre celui qui décrit avec justesse une société au travers d'une fable aux apparences faussement enfantines ou celui qui la lit, sans y réfléchir ni remettre son propre mode de vie en question, à un enfant... Je vous laisse à votre réflexion : j'ai des oeufs sur le feu.

samedi 18 septembre 2010

Quand le progrès permet la régression.


Parfois, la nature humaine m’interpelle. Certes, je pourrais faire comme la plupart de mes semblables et m’enthousiasmer pour la dernière voiture à la mode, agiter mes petits bras en glapissant à la vue du nouvel iPhone ou encore me rouler par terre à la seule évocation du film du dimanche soir sur TF1.

Mais, il n’en est rien. Mon malheur étant que j’exècre les comportements populaires.

Aussi, à cela, je préfère largement observer avec une enjouée minutie les errances de ces mêmes semblables (ce qui ne manque pas de les rendre sympathiques à mes yeux), les répertorier puis en faire une sorte de carnet de route. Mon guide du routard de la niaiserie humaine, en somme. Et si vous souriez à la lecture de ce paragraphe, c’est que vous aussi, il vous arrive de vous livrer à ce genre de pratiques.

Mais, trêve de palabres et venons-en à l’essentiel : la raison qui me pousse à écrire ces quelques lignes.

Récemment, empruntant innocemment les transports en commun parisiens, alors que je me perdais peu à peu dans le flot continuel de mes pensées, rêvant de grandes étendues de sable tiède longées par un océan déversant ses vagues bleutées sur le corps presqu’entièrement dénudé de ma compagne, je fus interrompu par une agression extérieure impromptue et totalement inopportune : un jeune écoutant une musique primaire sur son téléphone portable.

Il m’eut alors été aisé de glisser dans mes yeux l’ombre menaçante de la Gestapo et d’utiliser l’empreinte indéniable qu’a laissée ce groupuscule dans l’inconscient collectif pour fusiller du regard cet importun personnage. Mais, au lieu de me livrer à cet exercice de style facile et peu risqué – que je maîtrise relativement bien au demeurant – je préférais entamer une réflexion sur la pertinence de ce genre de comportements.

La voici. Pour vous, lecteurs.

A la nuit de temps, lorsque l’homme vivait dans des cavernes et pouvait encore battre sa femme sans être importuné par quelque trublion rabat-joie, la musique n’était pour ainsi dire qu’une forme d’expression sommaire, n’adoucissant en rien les mœurs et pouvant se résumer à quelques interactions sonores entre un bout de bois et une pierre. L’humanité passant tour à tour par l’âge de pierre, l’âge de fer et enfin l’âge con – dont elle ne semble pas vouloir sortir – la musique allait en grandissant, se développant au son des instruments que l’homme inventait, gagnant peu à peu ses lettres de noblesse jusqu’à l’époque dorée de l’histoire du genre humain où des Bach, Beethoven, Verdi ou encore Wagner portèrent la musique au paroxysme de sa beauté terrestre.

Bon, certes : après, il y eut Johnny. Chacun fait des erreurs. Mais, là n’est pas le propos.

Il y a quelques décennies de cela naquirent les procédés d’enregistrement et de reproduction sonore, qui n’ont cessé d’évoluer depuis : du vinyl à la casette audio (véritables petites révolutions à leur époque, rendant la musique alors en quelque sorte transportable), nous pouvons aujourd’hui écouter des musiques sur des fichiers dématérialisées à la pureté inégalable, sur des systèmes d’écoute n’ayant – pour certaines – que peu de choses à envier aux auditoriums.

Des millénaires d’évolutions et de créativité musicale, des siècles de compositions originales sans cesse renouvelées, des décennies d’innovations technologiques et de prouesses techniques… pour en arriver à une petit con écoutant une musique de primates sur une téléphone portable muni d’un haut-parleur de deux watts, réduisant à une ridicule bande de fréquences les capacités de l’ouïe humaine (normalement comprises entre 80 et 20.000Hz), conspuant allègrement le registre des basses si doux à nos oreilles, celui des bas-médiums si chaleureux à notre audition, dénigrant sans rougir de quelque honte ces aigus si légers et chers à notre écoute, pour ne laisser filtrer au final que hauts-médiums criards et irrémédiablement nombrilistes.

Aussi, je suis colère. Vraiment. Car, je préfère mille fois écouter, tout en grimaçant mon dû, Maurice jouait de son accordéon désaccordé dans la ligne 12 du métro parisien, arborant son sourire édenté à chaque fausse note, que d’avoir à supporter les offensives caractéristiques et nauséabondes d’un haut-parleur de téléphone portable.

Et cela, ne serait-ce que pour légitimer le fait que je vienne de monopoliser cinq minutes de votre précieux temps pour vous faire lire de la merde, je tenais à ce que le monde entier le sache.

Je peux maintenant retourner à mes occupations.

vendredi 17 septembre 2010

Jugement dernier : comment sauver sa peau.


Mille fois par le passé, l’humanité a lu la promesse de son salut. Mille fois depuis les temps immémoriaux, des illuminés ont promis aux hommes la grâce divine et la vie éternelle. Mille fois depuis la nuit des temps, des prophètes venus de nulle part ont vendus les portes du paradis au plus offrant.

Mais, qu’en est-il réellement aujourd’hui ?

Alors qu’il n’est pas outrancier d’écrire quelques mots ou d’apposer divers smileys sur le profil public Facebook d’une personne décédée, tout en mangeant des frites dégoulinantes de graisse achetées dans un restaurant de proximité aux enseignes lumineuses et criardes, au nom rappelant sommairement le rêve américain, le tout sans perdre une miette des images d’un avion de ligne s’encastrant dans un gratte-ciel, on nous dit que l’humanité est à un tournant de son histoire… J’avoue que la dernière fois que j’ai passé l’angle de ma rue, je ne l’ai pas croisé. Pourtant, vu sa taille, il m’aurait été difficile de la manquer, cette humanité qui court à sa perte en agitant ses petits bras potelés.

Toujours est-il qu’en 2010, les nouveaux mercenaires du salut humain sont pléthores. Je ne m’attarderais pas à les énumérer ici : mon café prendrait froid. Pourtant, il me paraît impossible d’ignorer les déceptions engendrées par toutes ces errances issues de la conscience collective… A supposer que le mot « conscience » ait encore une quelconque valeur. Aussi, à l’heure où la moitié de l’humanité se perd dans des conjectures sans fin, des ouvrages littéraires sans intérêt censés sauver l’âme humaine de ses tourments, des discours aussi creux qu’une coquille ayant malencontreusement égaré sa moule, je vous le dis – ou plutôt vous l’écris – haut et fort : il existe un Sauveur.

Oui, parfaitement. Et je vais vous le prouver.

De prime abord, en y réfléchissant quelque peu, on pourrait éventuellement penser que ce sauveur que le monde entier attend depuis des décennies et des siècles, ce n’est autre que ce vieil ami qui longe certaines de nos routes de campagnes : le platane. En effet, qui d’autre incarne mieux le sauvetage de l’être humain que cet arbre inoffensif qui chaque weekend, se sacrifie pour purifier la surface de la planète de ses éléments les plus stupides, de celles et ceux qui prennent le volant pour aller agiter bras et jambes sur une piste de danse après avoir consommé de l’alcool sans modération aucune, par exemple ? L’envie de remettre entre ses branches notre salut est alors grande, certes… Mais, comment ignorer dans le même temps que malgré toute la sympathie que l’on peut porter à cet innocent feuillu, ce dernier n’est pas à l’abri de retirer la vie à de nobles et forts aimables concitoyens, bien loin des clichés cités quelques lignes plus haut.

Aussi, devant ce constat, il me fallait chercher ailleurs.

Aujourd’hui, après une réflexion et une observation minutieuse de la vie, je suis donc en mesure de vous citer le nom de notre Sauveur.

Le dénicher fut une longue quête : il me fallait mettre en évidence un trait commun à tout pays du monde, à tout être humain, à toutes croyances ou religions, à tout mode de vie. Une donnée que la majorité des habitants de la planète Terre partageraient. Un lien unanime qui permettrait à tout homme ou toute femme de se rapprocher, dans un élan humaniste, de son prochain, et ce pour le salut de tous. Et cette ‘chose’ que nous avons toutes et tous partagée au moins une fois avec la grande majorité de nos semblables, c’est cette dame que nous nommons à demi-mots, dans le souffle d’un soupir, l’hypocrisie.

Et c’est bien elle qui nous sauvera du jugement dernier qui nous menace chaque jour un peu plus de ses promesses d’interminable chaos. En effet, qui d’autre nous permettrait de faire croire à notre prochain que nous l’aimons profondément tout en déversant sur son dos une montagne de crottin ? Qui d’autre nous octroierait la possibilité de sourire sans discontinuer à notre voisin tout en manigançant les pires tracasseries à son encontre ? Qui d’autre nous accorderait cette joie de pouvoir converser à bâtons rompus avec un ami ou une connaissance tout en élaborant dans le même temps le plus machiavélique des plans censés mener cet interlocuteur à sa perte ?

Voyez par vous-mêmes : grâce à l’hypocrisie, les hommes et les femmes de demain auraient enfin cette possibilité, derrière laquelle ont couru les êtres humains durant des millénaires, d’avoir l’illusion de s’aimer les uns et les autres. De pouvoir compter sur son prochain, le tenir en haute estime, croire en lui comme en soi-même. Tout en reprochant au seul sort - avec un brin de fatalité - les mauvaises fortunes de la vie. Enfin, nous serions toutes et tous uni(e)s en un fraternel élan que seuls les êtres humains sont à même de partager : songer à mal tout en donnant l’illusion de penser au plus grand des biens.

Par voie de conséquence, je vous invite dès la fin de la lecture de cet illustre billet à devenir le ou la plus abject(e) des hypocrites. Et ce, pour le seul salut de l’entière humanité. Et si vous ne vous en sentez pas encore capables, faites comme moi : adoptez dans votre entourage deux ou trois hypocrites chevronné(e)s. Ces derniers auront tôt fait de vous amener sur le long chemin du salut de votre âme.