jeudi 19 avril 2012

"Je vote, donc je suis" | René Pancartes


S'il existe - en ce bas-monde promis à une fin tragique - une phrase à placer dans une conversation mondaine en ces temps démocratiques, c'est bien celle qui vise à traiter de cul-terreux les humanistes sirupeux qui font du vote une obligation vertueuse.

Attention : là n'est point une critique de celles et ceux qui, dans quelques temps, iront voter pour un florilège sans précédent de moribonds incapables.

Cela dit, n'émanez qu'une courtoise mise en doute de la valeur d'un bulletin de vote et une armée de paysans endimanchés décrètera la mobilisation générale ! Aussi, si vous cherchez à vous distinguer dans les jours à venir, n'hésitez plus : clamez haut et fort que vous n'irez pas voter lors des prochaines élections présidentielles.

Vous en croiserez alors, de ces érudits des comptoirs modernes qui vous pointeront du doigt au nom des droits de l'Homme, dénigrant par la même toute notion de liberté de penser, le silence étant - bien que les apparences soient trompeuses - un mode d'expression comme un autre. Vous en entendrez, de ces historiens des bacs à sable qui vous harangueront du nom de ces patriotes morts pour le droit de vote, feignant d'ignorer qu'ils sont morts une seconde fois depuis, de contempler le résultat de leur patriotisme, quelques siècles plus tard.

Toujours est-il que ce ne seront là que palabres insignifiants. Car, rien n'est aujourd'hui moins inaltérable que le Saint Suaire du sondage. Rien n'est plus véritable que les saints chiffres de la Statistique. Rien de plus attesté que le vénéré Pourcentage. Aussi, afin de secouer avec justesse, précision et amour de son prochain l'incommensurable flaque de boue putride dans laquelle surnagent les valeureux chevaliers ardents du vote, il parait indispensable d'adopter un raisonnement totalement empirique.

Pour rappel, en France, lors d'une élection par suffrage universel (ce qui nous intéresse dans ce cas précis), l'abstention n'est pas comptabilisée. Ainsi, les électeurs qui ne se déplacent pas au bureau de vote ou ceux qui votent blanc ne sont pas comptés et leurs voix (ou plutôt, leur silence) ne pèse en rien sur le résultat de l'élection. Avouez que cela est un tantinet surprenant, quand on y pense. C'est comme si sur une belle guirlande électrique de Noël, une partie des lumières ne fonctionnait pas : visuellement, on pourrait difficilement l'ignorer et la conséquence négative sur l'esthétisme de l'enlacement lumineux serait indéniable. Ne serait-ce que par les pleurs insoutenables de l'enfant à qui l'on avait promis une véritable féérie et qui n'a plus qu'un chèque-déjeuner à faire valoir au comptoir de la Magie au rabais.

Cela étant dit, rapprochons-nous du Saint Chiffre.

L'un des derniers sondages en date actant que François Hollande (que l'on nommera ici, pour plus d'objectivité, le benêt de gauche) battrait Nicolas Sarkozy (renommé - pour les mêmes raisons que son homologue à la rose fanée - le crétin de droite) au second tour de l'élection avec 54% des voix, procédons à quelques menus calculs.

Nous sommes actuellement 65 millions d'habitants.
43 millions d'entre nous ont le droit de voter.

Cela dit, sur la base des vingt dernières années, 19% de la population votante va s'abstenir de se prononcer quant à l'un ou l'autre des candidats. Ce qui nous laisse que 35 millions d'électeurs dont le vote sera comptabilisé.

54% de 35 millions donne environ le résultat suivant : 19 millions.

Reprenons maintenant la phrase initiale : "Le dernier sondage en date acte que le benêt de gauche battrait le crétin de droite au second tour de l'élection avec 54% des voix, ce qui ferait de lui le président de 19 millions de français, soit moins de 30% de la République Française, cette dernière étant bien entendu composée des 65 millions de personnes qui la peuplent."

Voici une brillante conclusion démocratique quant : 
  • à la haute valeur du système électoral tel qu'il est pensé aujourd'hui,
  • à la pertinence du combat des ardents chevaliers du vote.

vendredi 17 février 2012

Les soldes de la République sont ouvertes !


La nouvelle est tombée et fait grand bruit : Nicolas Sarkozy est officiellement candidat.

Oui, mais candidat à quoi ? Parce que j'éprouve quelque peine à imaginer qu'il soit candidat à sa propre succession en tant que Président de la République Française. Non pas que je doute qu'il y ait en ce beau pays de France suffisamment de benêts et de cloches pour lui garantir le succès à l'angélus de l'illusion que l'on nomme encore - dans les basses campagnes - le suffrage universel. Mais, candidat à la présidence de la République. Est-ce encore possible ?...

Parce que de république, depuis quelques années, il n'est plus trop question dans notre beau pays.  Et Marianne (la vraie) aura beau s'en défendre et nier l'évidence, ce ne sont pas ses coucheries notoires avec le capitalisme et la corruption qui auront contribué à lustrer l'image dégoulinante de mucus politique de la République Française...

Si l'on en croit le dictionnaire, le mot république vient du latin res publica (n'en déplaise aux grecs, surtout en ce moment) qui signifie au sens propre « chose publique » et désigne l’intérêt général puis le gouvernement, la politique et enfin l’État.

L'intérêt général... Voilà un concept bien opaque pour la classe dirigeante actuelle et passée. Rappelez-vous la dernière fois où l'on vous a consulté, concernant les affaires et la politique de l'état : c'était il y a un siècle douze ans. " Douze ans, c'est rien ! ", me direz-vous. Rien, en effet. Si ce n'est que c'est quasiment - à quelques mois près - le temps qu'il a fallu à Adolf Hitler pour mener l'Allemagne à la ruine la plus totale.

" Etonnant, non ? ", comme le disait si bien cet honorable personnage que 30% de mes concitoyens ne sauraient reconnaitre, faute de culture générale. Oui car, comme si 8 millions de pauvres et 5 millions de chômeurs ne suffisaient pas à parer la cocarde nationale d'une fine pellicule de misère, notre glorieuse République peut s'enorgueillir de plus de 3 millions d'illettrés et d'incultes divers : l'image du coq chantant la Marseillaise les pieds dans la mélasse n'a jamais eu autant de panache qu'en ces jours. Et ce timoré Honoré Daumier qui disait, de la pointe de son pinceau : " La République nourrit ses enfants et les instruit ". Je pouffe.

Nicolas Sarkozy, à nouveau Président... Il y en a bien qui, martelant le pavé de nos illusions, s'y opposeront et se réclameront - à l'heure d'aller mettre son bulletin dans l'urne - de la démocratie, afin de glaner quelques votes supplémentaires... La démocratie. En France. Non, soyons sérieux. Il y a belle lurette qu'elle est partie en vacances. Ce n'est pas la peine de la déranger pour si peu.

En fait, ce qu'il faudrait à notre cher pays, c'est une révolution. Economique, sociale et culturelle. Mais, une révolution, ce serait dire au revoir au litre d'essence à 2€, au marché du travail à la seule faveur des grands patrons, à Johnny Hallyday et sa myriade de disciples musicalement consanguins, aux abus de toutes sortes en faveur de plus riches, à l'immobilier inaccessible pour la plupart des foyers, aux conditions de vie déplorables, au mal-vivre en constante augmentation, aux 13.5% de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté... Pire que tout, ce serait faire nos adieux  - dans la seule volonté de laisser à nos enfants non pas un monde meilleur, mais un monde moins pire - à Jean-Pierre Pernaut et à son journal télévisé de 13H sur TF1 !

Impossible.

A la lueur de tout cela, je ne peux que me résoudre à l'évidence : Nicolas Sarkozy est bel et bien candidat à sa propre ré-élection en tant que Président des français (enfin, des 53% de votants qui l'ont brillamment choisi, il y a presque cinq ans de cela).

Il ne me reste plus qu'à, d'ici le premier tour des élections, parcourir les allées de mon hypermarché de proximité, à la recherche de la plus belle feuille de papier toilette que je glisserai avec un soin particulier dans mon enveloppe de bon citoyen, en lieu et place du bulletin habituel.

L'image d'une époque, en quelque sorte.

samedi 3 septembre 2011

Allons enfants de l'apathie...


La soirée du samedi est un moment particulier de la semaine.
C'est le soir où le citoyen sort.

Sous ses faux airs de Saint Barthélémy, où quelques autoproclamés disc-jockeys massacrent avec une frénésie aveugle les rares ersatz de musique qu'il nous reste en pitance les autres jours de la semaine, la soirée du samedi est devenu un rite incontournable dans la vie de grand nombre de nos concitoyens.
 
Et souvent, le samedi soir, le dit concitoyen va en discothèque.
Et la discothèque n'est pas un endroit comme un autre.

Je ne pense guère m'avancer en déclarant qu'il nous est toutes et tous arrivé de nous égarer immanquablement dans ces établissements, au moins une fois dans nos misérables existences... Aussi se peut-il que ce qui va suivre fera à certain(e)s d'entre vous l'effet d'une froide révélation à laquelle ils n'ont eu finalement de cesse d'aspirer.

C'est dans la file d'attente d'un de ces haut-lieux de la décrépitude humaine, alors que je me sentais tel un veau faisant antichambre devant sa bétaillère, attendant de l'emmener vers son inéluctable et funeste fin, que me sauta au visage cette évidence.

UNE DISCOTHEQUE EST EN FAIT UNE FERME.

Cet endroit où vous vous apprêtez à entrer pour consommer goulument de l'alcool, afin de tenter d'oublier jusqu'à votre existence, pour hurler dans l'espoir d'avoir une once de discussion intelligible avec vos amis, est en fait une ferme.
Une sorte d'exploitation agricole de la nuit.

Et aussi surprenant que cela puisse vous paraître, je vais vous faire la démonstration de ce que j'avance. De ce pas.

Le périple débute avec l'âne. Cet homme au regard presque vide, à la carrure herculéenne, à la diction aléatoire et aux champs lexicaux restreints que l'on appelle communément videur. L'animal qui regarde les gens désirant entrer dans son étable avec l'œil hagard du mulet, tout cela avant de prononcer, dans un braiment caractéristique, ce qu'il espère être une sentence : Vous pouvez entrer, ou Ca va pas être possible.

Une fois les portes franchies, vous voici accueilli(e) par la pouliche de l'écurie : la demoiselle du vestiaire. Dans un hennissement qu'elle espère agréable, elle vous demande deux euros en plus des dix dont vous venez de vous acquitter à l'entrée de l'établissement, tout cela pour garder - au beau milieu des autres - vos affaires d'averti misanthrope.

Ces menues tâches accomplies et la visite de l'écurie terminée, vous accédez à la bergerie : le bar. Vous vous frayez un chemin au travers de ces cohortes de moutons, s'abreuvant de boissons fort onéreuses tout en défendant férocement le coin de pâturage que semble être leur place au comptoir. Vous en tondez un ou deux d'un regard plus que noir, vous réclamez votre dû à la chèvre communément appelée serveuse, puis vous vous dirigez pour retrouver vos compagnons et désormais entrer dans le poulailler.

Cet immense enclos, communément nommé dancefloor, est bien l'attraction la plus intéressante de l'établissement. Installé(e) sur le côté de la piste pour y commencer la liquidation sans condition de vos récents achats en compagnie de vos camarades, vous profitez de ce répit, après tant de rebondissements en si peu de temps. C'est alors qu'une colonie de poules prend possession du pondoir situé tout à côté de votre canapé. Pondoir plus communément nommé, dans le jargon propre aux habitués, podium. Et alors que les dites gallinacées gesticulent fort sauvagement à moins d'un mètre de votre visage, un bataillon de coqs s'agglutine soudain devant le promontoire, en levant les bras et en adoptant une charte gestuelle relativement semblable à celles des femelles.

Souhaitant en savoir plus sur ce phénomène animalier, vous avalez goulument l'intégralité de votre verre fraîchement servi et vous armant de courage, vous montez à votre tour sur le podium, afin de percer le mystère de l'attraction entre les poules et les coqs. Ces derniers se montrent alors très agressifs à votre égard, se sentant sûrement menacés dans leurs prérogatives. Quant aux poules, elles continuent à s'agiter, picorant un à un et au gré de leurs gestes saccadés les grains de l'errance humaine.

Quelques heures plus tard et un taux d'alcool dans le sang plus que prononcé, vous voilà forcé(e) de visiter la porcherie de l'établissement : les toilettes. A votre choix, un regroupement de truies dans les latrines des femmes ou un attroupement de sangliers dans celles des hommes.

Résumons : en l'espace d'une soirée, vous avez visité une étable, une écurie, une bergerie, un poulailler, et finalement, une porcherie.

La vérité me parait alors irréfutable : vous avez passé votre samedi soir dans une ferme !

Et soyez certain(e) que dès le lendemain, certains viendront - armés d'une fourche - récolter le fumier de ces soirées bestiales, afin de l'étendre patiemment sur ce qu'il reste de l'existence de nos concitoyens, que perdure encore et toujours la culture des masses hébétées.

mardi 26 juillet 2011

Fibre patriotique et transit international.


Quel ne fut pas le comble de ma félicité quand, récemment, je lus les déclarations de Christian VANNESTE (député UMP de son pétillant état), d'une justesse n'ayant d'égale que leur panache, au sujet de la proposition de Eva JOLY de supprimer le défilé militaire du 14 juillet, au profit d'un défilé citoyen.

Moi qui croyais l'instinct patriotique primaire disparu de nos campagnes, surtout depuis qu'on n'y entend plus mugir ces sanguinaires plantons, me voilà rasséréné. Mais, comme aucun de mes mots ne saurait égaler le charme délicat des propos de notre éminent parlementaire, je me permets de vous les soumettre de ce pas, un brin militaire :
 
" L'esprit munichois souffle sur ces déclarations dégoulinantes de bêtise. Comme certains fruits, certains politiques cachent sous la peau d'apparentes préoccupations environnementales la volonté gauchiste de détruire nos valeurs et nos institutions ! "

J’exultai au son de ce belliqueux discours, tel un biffin aux exhortations de son commandant, quelques instants avant l'abordage du drakkar ennemi !

Quelle indignation de remettre en question, avec la péremptoire outrecuidance des hordes barbares, cette fierté nationale si chère à nos yeux de loyaux sujets citoyens : celle de regarder ces hommes et ces quelques femmes armés, battant le pavé parisien avec fierté, là où quelques siècles plus tôt, quelques civils égarés s'adjugeaient honteusement la prise d'une Bastille que leurs congénères fortifiés leur donnaient de bonne grâce !

Quelle folie goujonne de la part de cette hérétique scandinave, qui doit encore hésiter entre saumon et foie gras pour le réveillon, si l'on en croit les propos fort appropriés du premier ministre de ces français si proches de leur armée.

Quel dédain de notre nationalité que de demander un défilé citoyen, en lieu et place de cette honorable parade mise en place au XIXème siècle, près de 90 ans après la dite révolution et la fête de la Fédération qu'il est censé célébrer. Cela au sortir d'un conflit avec ces diables de prussiens (on y reviendra plus tard) où les forces armées françaises s'étaient illustrées dans la défense émérite d'une région de France bien connue de nos ennuyeux historiens, tout comme des amateurs de Kouglofs.

Enfin, toujours est-il que si, sous l'insoutenable torture du mépris de nos illustres traditions, nous étions forcés de déporter ce défilé, non dans un wagon mais sur un calendrier, j'ose espérer que le vague discernement de nos bourreaux nous octroiera le loisir patriotique de pouvoir laisser à nos forces armées la joie de piétiner les champs – qu'ils soient élysées ou non - de leur pas cadencé, chaque 22 juin de l'année.

Et ce afin que le quidam puisse célébrer comme il se doit le souvenir de ces illustres maréchaux et généraux de l'armée française qui, quelques dizaines d'années plus tôt, donnaient aux peuplades germaniques - un tantinet élitistes - la souveraineté de la France.


Ce qui, pour rappel, n'était plus arrivé depuis un humble millénaire est qui donne ainsi la mesure de l'attachement de nos classes militaires aux véritables valeurs de la France, justifiant par la même le défilé militaire aujourd'hui controversé.

Maréchal, nous voilà !

vendredi 8 juillet 2011

A l'ombre rassurante de la passivité diurne

Souvent, la nuit, je me réveille.
Jusque-là, rien de bien original, me direz-vous.

Sauf que parfois, je m'éveille en sursaut, debout sur le lit conjugal où ma compagne - habituée - dort à poings fermés, pendant que férocement campé sur mes appuis et le torse bombé, je déclame quelque déclaration avec la vigueur et l'engouement d'un Napoléon Bonaparte, haranguant des troupes imaginaires à la veille d'un combat vaporeux. Puis, je me rendors, avec le sentiment rassurant du devoir accompli.

Néanmoins, ce matin, quand je me réveillai, je trouvai entre ma tête et le café préparé par ma douce une feuille d'un vulgaire papier recyclé, sur laquelle quelques phrases étaient notées d'une écriture nerveuse. Mon écriture. Pressentant l'ombre d'un drame nocturne interprété avec fougue pour un chimérique public, j'entamai alors la lecture.

Et voici ce que je lus...

« Françaises, Français, écoutez-moi !

Vous n'êtes pas sans savoir que la culture est en péril. Depuis des années. Et puisque nous sommes ici réunis, dans cette cave blafarde, pour en parler pendant que les hautes instances conversent du bien-fondé du capitalisme culturel, prenons l'exemple le plus probant en termes d'insulte à la Culture : la Musique.

Oui. La Musique. Car, ne soyons pas timorés et frileux : elle est aujourd'hui en voie d'extinction ! Menacée par des pièges qui n'ont de cesse que de se refermer définitivement sur elle. Mais, aujourd'hui, il nous appartient de dire STOP à l'ignominie en cours !

On nous agite des boucs-émissaires, à chaque coin de rue, parce qu'il est plus important de désigner des coupables que d'agir. Mais, tout cela n'est que mascarade éhontée, mes amis ! Car, aussi surprenant que cela puisse paraître, ce ne sont ni les pirates, ni les marchands de tapis à la solde de l'industrie musicale qui sont les plus grands responsables de ce désert qu'est devenu la Musique, en nos temps avachis.

Non.

Et je vous le dis ici, sans sourciller : les principaux fautifs, ce sont celles et ceux qui continuent chaque jour, dans une absurdité que seul le gouvernement actuel pourrait jalouser, d'écouter et de regarder les quantités astronomiques d'excrément culturel que l'on déverse à leurs pieds, par tous les moyens et médias possibles, sans émettre l'once d'un quelconque questionnement à ce propos !
 

(Premiers signes ostentatoires d'assentiment de l'auditoire)

Les dilapidateurs de culture, ce sont celles et ceux qui le soir venu, se prélassent devant une saugrenue émission de télé-réalité, se laissant ainsi choir à l'abrutissement le plus total et ce, en parfaite connaissance de cause. Ou qui prêtent une oreille distraite mais consentante à ces choses qui n'ont de musique que le nom, diffusées par nos prétendues grandes radios FM, le tout agrémenté par quelques talk-shows dont l'humour grotesque n'a plus rien à envier aux pires chansons paillardes et autres blagues grivoises !
 
(On entend des « Oui, il a raison ! » parmi les premiers rangs du public)

Les manants de la Culture, ce sont celles et ceux qui chaque weekend, le soir venu, s'entassent  comme des porcs dans des salles obscures et moites, afin de se trémousser vulgairement au son de quelque divagation musicale binaire aussi évoluée que le martellement du tic-tac qui règle le quotidien des masses assujetties ! Les fascistes de l'inculture, ce sont celles et ceux qui, chaque matin, s'arrachent les numéros de 20 Minutes et autres salissures dans les couloirs du métropolitain, dans l'illusion circonspecte d'accéder ainsi à une authentique culture, dans les quelques feuillets au rabais réservés à cet effet, et qui prônent les ersatz artistiques qu'on leur inflige comme les seules références possibles !
 
(Des applaudissements timides se font entendre).

Gagez cependant que lorsque vous énoncerez ces tristes vérités autour de vous, on vous répondra alors, drapé dans une inconsistance moribonde, que chacun est libre de faire ce qu'il veut.

Certes ! Et j'acquiesce à ce postulat.

Mais,
pas quand ces modes de pensée irréfléchie permettent d'asservir le plus grand nombre dans l’intérêt de quelques élites. Pas quand ces habitudes, que l'on a su implicitement et graduellement inculquer au plus grand nombre, nuisent à la diversité culturelle. Pas quand ces usages permettent à des personnes dénouées de la poindre parcelle d'humanité de s'enrichir sur le dos de ceux sans qui ils ne seraient rien : les artistes.

Aussi, je vous le dis : l'heure est à la révolution culturelle, mes amis !
 
(Des « Hourrah ! » se font entendre de-ci de-là, dans le public conquis)

Car, si nous ne faisons rien, restant les bras croisés, regardant notre pays sombrer dans l'apathie culturelle, nous serons condamnés à vivre dans un monde où il n'y aurait plus de musique. Plus de livre à lire. Plus d'œuvre devant lesquelles flâner, s'émerveiller ou s'évader.

Imaginez un monde sans Culture. Sans Art !

La plupart d'entre vous se dira que ce monde n'est pas vivable. Et pourtant, c'est ce monde-là que l'on vous prépare, si les choses continuent ainsi. Et que nous léguerons à nos enfants.

Aussi, en ce jour, il nous faut faire quelque chose. Brandissons le drapeau de la révolution culturelle et changeons les habitudes moutonnières. Que nos dirigeants sachent que nous ne sommes plus dupes ! Et que cela n'a que trop duré...
"

L'écriture s'arrêtait ici. Sur des gribouillis devenus illisibles. Et du souvenir lointain de ce rêve me parvenait encore la liesse de l'auditoire enflammé et conquis, prêt à brandir les armes d'une révolution passive mais irrévocable, bien décidée à en finir avec les diktats culturels en vogue...

C'est alors que le téléphone sonna : c'était le Trésor Public.

vendredi 27 mai 2011

A l'ouest, rien de nouveau. Ni à la SNCF.


Hier matin, j'ai pris le train. Et par mégarde, j'ai acheté 20 Minutes. (Rassurez-vous : l'assemblement de feuillets que l'on nomme hâtivement quotidien d'information est toujours délivré gratuitement. Il m'a fallu cependant payer de ma personne pour ne pas affreusement grimacer au moment d'attraper au vol le dit torchon).

Mon titre de transport en main, tout à la félicité de pouvoir parcourir - d'un œil taquin - les diverses salissures insipides prétendues informatives, je montai dans mon train.

Précision : A noter que lorsque j'écris « mon train » je ne veux pas dire que j'ai récemment fait l'acquisition de l'ensemble des wagons ainsi que la locomotive, mais au prix de mon billet, je peux bien prétendre à quelques égards, voire à une légitime reconnaissance).

Bref, je grimpai donc à bord des biens ferroviaires de la société nationale des chemins de fer afin de m'installer quand soudain, sans crier gare, je tombai nez-à-nez avec un écriteau.

Cet écriteau.
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir et ainsi, lire avec plus de facilité).


Je ne vous cache pas qu'il me fallut le lire à plusieurs reprises, afin de me persuader que ce que je lisais n'était pas l’œuvre de mon imagination débordante. Tout en réprimant à grand peine ce sourire moqueur - que j'aime souvent à arborer - quand il me vint à l'esprit l'image de ces multiples réunions au sommet qu'a sûrement du nécessiter la rédaction de cet écriteau.

Tout cela aurait pu en rester là.
A ce plaisant divertissement matinal.

Seulement voilà, le train dans lequel j'avais pris place accusa 15 minutes de retard, dès son départ. Et durant les 3 heures de trajet qui s'ensuivirent, les agents de la société nationale des chemins de fer veillèrent consciencieusement à ce que ce délai s'accentue, m'octroyant par conséquence directe le loisir de manquer ma correspondance et d'attendre la suivante, sur un quai venteux, une heure et demie durant.

Aussi ai-je eu le temps de préparer une version améliorée de l'écriteau publié plus haut, dont voici un aperçu. (Au risque de paraître redondant, je vous invite à cliquer sur l'image pour l'agrandir et ainsi, lire avec plus de facilité).


Tout cela me pousse à songer que ce n'est pas en 1943 qu'on aurait noté de tels débordements quant à la ponctualité ferroviaire, les agents de la SNCF ayant alors connu, comme par enchantement typiquement germanique, un certain zèle...

jeudi 19 mai 2011

La France, ce beau pays qui coule.


Depuis que je suis en âge de chanter les paroles de la Marseillaise, les souliers dans une flaque d'eau, j'ai pris le parti de défendre ce beau pays qu'est la France, auprès de ses nombreux détracteurs. J'ai choisi de faire le dos rond à la mitraille et, l'étendard tricolore autour de la taille, de louer les mérites du pays des droits de l'Homme. Ainsi, délibérément, je fais quotidiennement fi des calomnies et envers et contre beaucoup, je tiens le front. Pour la France.

Seulement, voilà : depuis quelques temps, les motifs validant ma ligne de conduite se font moins nombreux... Voire, rares. Et surtout, moins variés. En effet, s'il était aisé d'éradiquer - lors d'une soirée mondaine - les traces amères de la collaboration avec un Lussac-Saint Emilion, il devient aujourd'hui plus ardu d'effacer les frasques notoires de nos divers ministres en poste avec un fromage "prix gagnant"... Enfin, malgré tout, je gardais espoir et poursuivais ma lutte.

Jusqu'à dimanche. Ce jour noir où, ébranlé dans mes plus intimes croyances, je fus forcé de commencer à baisser les bras *, tout en admettant que ce pays courrait à la ruine et que mon optimisme ne pourrait rien y changer. Et les jours qui suivirent ne firent rien pour arranger les choses.

Cela commença par une conversation de voisinage matinale, surprise entre deux portes, qui aurait du m'alarmer quant aux drames à venir. Deux individus devisaient sur la jeunesse actuelle, le plus âgé d'entre eux avançant le constat personnel quant à une fainéantise vaguement commune aux jeunes d'aujourd'hui. Ce a quoi son collègue, vertueux philosophe de halls d'entrée, répondit : 
" Ca... Regardez, moi, je bosse 230 heures par mois. 16 heures par jour ! "
Je m'exclamai alors - dans mon esprit - les points suivants :
- Premièrement, ceci n'est mathématiquement pas possible : travailler 16 heures par jour reviendrait à accomplir une besogne d'environ 320 heures mensuelles. Alors que travailler 230 heures par moi équivaudrait à peiner 11h30 par jour. J'avais donc à faire à un franchouillard freluquet, en mal de reconnaissance.
- Secondairement, il n'y a pas de quoi s'enorgueillir à préférer le labeur à femme, enfants, chiens, divorce et corvée de poubelles. Et se croire, par-dessus le marché (du travail), un exemple à suivre.
- Troisièmement, je n'aime pas trop les personnes qui disent " Moi, je ". Est-ce que je le fais, moi ?!

Bref.  Remonté après cette entrevue d'escaliers parsemée d'approximations, je venais à mon ordinateur, consulter les nouvelles du monde. Histoire de reprendre un peu le moral.

Et là, que ne fut pas ma stupéfaction quand je fus forcé de constater que personne n'avait compris le calembour dominical de Dominique Strauss-Kahn ! Et sans sourciller, qui plus est... L'homme se donne un mal de chien pour nous apporter un peu de baume au cœur, un dimanche matin, alors que la rediffusion de la messe et de Téléfoot sont alors les seules préoccupations des français, et voici comment il est remercié ? Il s'évertue, en nous donnant quelques fraîches nouvelles de l'ouest, à mettre à mal les divagations de Erich Maria Remarque et on le jette en prison ? Il se saigne aux quatre sangs, prenant une suite médiocre dans un hôtel au-dessus de ses modestes moyens, et le voilà la risée de tous ?! Et, dans la foulée, les féministes qui montent au créneau de leurs jupons... Arguant mièvrement qu'il est intolérable de voir ce genre de choses en 2011, en ignorant qu'il est tout autant intenable de les voir ainsi prendre la parole sans qu'on le leur ait accordée, abandonnant - avec une péremptoire outrecuidance - leurs postes aux fourneaux et à la vaisselle ! Comment, en bon français que je suis, excuser ces comportements outranciers et redorer quelque peu le blason national ?... J'étais abasourdi. Mais, gardais un infime espoir.

Cela était sans compter sur ces renégats de l'actualité qui, sur la foi de leur enthousiasme faussement puritain à traîner dans la boue le bienfaiteur qui ne souhaitait qu'apporter quelques instants de rêve américain à ses compatriotes français qu'il sait sous le joug de la vermine droitiste, en sont venus - à grands coups de déclarations insipides et de prises de position obscures - à faire de l'ombre à l'unique information digne d'intérêt, qui aurait pu redonner l'espoir aux patriotes. La seule nouvelle qui, si elle n'avait pas subi l'outrage d'une relégation aux seconds plans, aurait pu sauver la France du chaos citoyen au bord duquel elle se tient : la grossesse de Carla Bruni-Sarkozy.

Un court article dans l'Express. Une bafouille sur le Figaro. Quelques lignes dans le Parisien qui, après avoir défendu avec brio le combat contre l'illetrisme de Carla, fut l'un des rares à avoir l'audace médiatique de se faire le relais de cette capitale information.

Et puis, plus rien.

Comment ne pas citer alors en exemple les anglais qui, dans un élan magnanime, donne à leur peuple l'occasion de se répandre en joies diverses, lors d'un mariage princier empli de sincérité et de naturel, retransmis dans le monde entier, portant au paroxysme du béatement populaire leurs masses agglutinées ? Quand en France, on masque sous la mitraille de l'incompréhension les rares instants de joie nationale que pourrait nous octroyer le quotidien - peu relayé par la presse - de notre couple royal.

C'est ainsi que j'ai pris conscience, en ce mois de mai 2011, que je pouvais baisser les bras.
Et du coup, me servir un verre de vin.
Pour oublier.

* Notez cependant, qu'humainement parlant, il est très difficile d'avoir les bras levés plus de vingt minutes... Alors, imaginez vingt ans !

lundi 2 mai 2011

De l'Art des coquilles, par Le Parisien.fr


Ce matin (ndlr : lundi 2 mai 2011), Le Parisien met en ligne - sur son site officiel - un article à propos de Carla Bruni-Sarkozy, (qui n'est autre que notre première dame de France, pour celles et ceux qui auraient passé ces quatre dernières années dans la jungle landaise), faisant ainsi montre d'une réelle volonté d'informer les français sur les points brûlants de l'actualité.

S'il appartient à chacun de juger de la pertinence de ce sujet en son âme et conscience, il est un détail qui a donné à ma journée un air de promenade en bord de mer un soir de tempête, voire un jour de fête nationale.

En effet, il est mentionné - dans l'introduction de cet article - que le dit papier abordera différents thèmes en rapport direct avec la femme du président de la République, comme sa vie privée, son nouvel album mais aussi et surtout, sa fondation contre l'illetrisme... Comme suit :



Oui, mais voilà : illetrisme s'écrit en fait avec deux "t"... ILLETTRISME, donc.

De fait, je laisse à votre humeur le soin de convenir de la qualité du dit quotidien, tout en vous invitant à parcourir, accompagné d'un café et d'un sourire forcément goguenard, le reste du feuillet.

PRECISION : A l'heure où j'écris cet article, le site a mis à jour sa page, feignant l'innocence la plus totale quant à cette balourde approximation, qui n'était pourtant pas sans nous rappeler la décrépitude qui entoure - depuis bien des années - le paysage politique, mais aussi journalistique, français.

En direct de la lutte contre l'illettrisme des institutions, à vous Paris. A vous les studios.

jeudi 21 avril 2011

Un gentil peur cacher un méchant.

 

L'humanité peut être séparée en deux parties bien distinctes, et ce depuis la nuit des temps : les gentils et les méchants.

Oui, mais parfois, il est bien difficile de les différencier. Aussi, dans un but purement humaniste - justement - d'éclairer votre lanterne (que je sais curieuse de toute nouveauté), vais-je procéder à l'énumération de quelques exemples concrets. Afin d'établir une différenciation avérée des deux genres.

Les méchants, ce sont ces vilaines personnes emplies de perfidie qui viennent d'arracher à Pierre Bellanger la présidence de sa radio, dans un souci, je cite, " d'augmentation de rentabilité ". Goujats personnages ! Arracher ainsi son enfant à un homme si altruiste, empli d'humanisme et visionnaire, qui n'a jamais hésité à sacrifier ses plus fidèles auditeurs sur l'autel de l'audimat tout azimut, changeant la ligne éditoriale de sa radio de manière radicale afin d'afficher une audience encore plus grande... Qu'il est sournois de la part d'une tripotée de costards endimanchés de billets de 500€ de vouloir ainsi privilégier l'argent au respect de l'être humain, comme l'a prôné ces quinze dernières années Pierre Bellanger. Lui qui a toujours refusé de verser dans la facilité d'une antenne formatée, se défiant de la facilité de diffuser sur son antenne des titres fédérateurs, se battant à corps et à cris contre l'étiquette d'une radio commerciale que dans la précipitation, certains (gougnafiers) ont voulu coller sur son front dégarni.

Ceux-là, ce sont des méchants.

Les gentils, ce sont ces milliers de personnes qui, à grands renforts de fautes d'orthographe et d'erreurs grossières de syntaxe, se sont mobilisés afin de défendre la radio de cette malheureuse et innocente victime du système qu'est Pierre Bellanger. Ces milliers de sympathisants qui, depuis quelques jours, se battent en scandant courageusement le mot liberté, brandissant à ses côtés le logo exhumé de l'indifférence d'une radio résolument commerciale (qui donc, existe en partie dans le but de générer des bénéfices). Ces légions de militants qui, dans une abnégation des plus totales, s'évertuent envers et contre tout à porter aux nues l'antenne d'une radio bridée par les spéculations financières et les nombreux formatages inhérents à la recherche unilatérale du profit.

Ceux-là, ce sont des gentils.

Les méchants, ce sont toutes ces personnes cupides qui, arguant de l'excuse risible de la crise et d'un niveau de vie déplorable, préfèrent pirater sauvagement les œuvres artistiques auxquelles on leur donne chaque jour accès, au lieu de s'acquitter dûment de leur place de cinéma à 13€ ou de leur CD à 22€. Quelle ignominie, que de refuser ainsi de s'accorder à un système qui a été pensé et réfléchi uniquement dans le but de donner à n'importe quel citoyen un accès universel et sans limite à toute forme de culture. Un système qui a su se jouer de tout formatage visant à créer une culture de masse, arguant de la richesse et de la diversité des programmes proposés sur les radios et chaînes de télévision nationales. Quelle insulte à cet idéal, que ces personnes sans cœur qui préfèrent mettre leur argent dans des achats de première nécessité comme les denrées alimentaires, sous le couvert d'une quelconque crise.

Ceux-ci, ce sont vraiment des méchants.

Les gentils, ce sont les salariés de la SACEM, qui chaque jour et chaque nuit, s'évertuent à huiler les rouages d'une machine au fonctionnement impeccable, basé sur l'axiome indiscutable et dévoué d'une répartition équitable des revenus engendrés par la diffusion des artistes sociétaires. Comme ces dirigeants de la dite société qui se serrent ostensiblement la ceinture, puisant dans les finances le strict minimum nécessaire à leur survie, se versant un salaire dérisoire, dans le seul but de permettre aux plus faibles de percevoir dûment leurs droits.

Ceux-ci, ce sont vraiment des gentils.

Les méchants, ce sont ces personnes qui depuis plus de cinquante ans, nous vendent le nucléaire comme la solution à tous nos problèmes d'énergie. Ces scientifiques, hommes politiques et autres sombres diplômés qui sont parvenus, au prix d'une machiavélique entreprise, à faire entrer l'énergie nucléaire dans l'inconscient collectif, de sorte à ce qu'il paraisse normal que les centrales poussent comme des champignons autour de nous, afin de subvenir à des besoins énergétiques que ces goujats personnages nous imputent, tout en nous poussant à une consommation excessive et incontrôlée d'énergies en tous genres.  La plupart d'entre nous restant - trop subjugués par le confort que nous confère l'illusion d'être un pays dit développé - incapables de se remettre en cause quant à nos habitudes. Et ces vils personnages qui en profitent... Jusqu'à déloger les modestes habitants de quelques yourtes campagnardes. Les mufles !

Ceux-là, ce sont vraiment des méchants pas gentils.

Les gentils, ce sont toutes ces personnes qui, au lendemain d'une catastrophe nucléaire d'ordre mondial, se découvrent soudainement une conscience écologique. Voire, une conscience tout court. Et qui descendent dans la rue de nos habitudes, pour manifester leur mécontentement, aux côtés des défenseurs de Skyrock qui, du haut de leur illettrisme, scande " Libertet ! ". Ces mêmes personnes qui, après s'être égosillé afin d'obtenir l'illusion d'avoir été entendus, se prélassent d'un repos mérité au coin de leurs habitudes, consommant sans compter l'énergie, dont l'origine leur demeure fortuitement inconnue. Mais, ils ont osé crier ce ras-le-bol que beaucoup n'ont pas eu le cran d'assumer, ces derniers préférant lâchement remettre en question leur façon de concevoir les dépenses énergétiques au lieu de brandir le drapeau de la révolte. Courageux soldats qui rien n'arrêtera, si ce n'est le terme - qui se fait attendre - de cette débâcle qu'est devenue l'humanité.

Ceux-là, ce sont vraiment de chics gentils.

En conclusion de tout ceci, l'importance de bien clarifier les différences entre les gentils et les méchants me paraît encore plus prioritaire que lorsque j'ai entamé l'écriture de ce billet : imaginez le foutoir, si on se laissait berner par l'un ou l'autre des deux camps...

PS : Si certaines personnes, après lecture de ce billet et surtout, de son titre, sont déçues de s'être reconnues dans aucune des catégories suscitées, ni d'avoir été mentionnées quelque part, c'est que finalement, elles figurent dans le ventre mou de l'humanité.

lundi 28 mars 2011

La vérité enfin révélée, sur les artistes.


Souvent... Parfois... Enfin, rarement (à la réflexion), il m'arrive, au cours d'une agréable - ou non - soirée parsemée de petits fours et autres nectars vinifiés avec plus ou moins de brio, de devoir faire face à quelques questions impromptues. Auxquelles je ne peux échapper par le biais d'un trait d'esprit sur la seconde guerre mondiale et ses débordements épars, espièglerie que j'ai pris l'habitude de trouver brillante. Enfin, la plupart du temps.

Bref.

Si l'on passe du banal "Mais, quelle est la raison qui te pousse inéluctablement à vivre au beau milieu d'un tel foutoir ?" à l'habituel "Comment faire pour avoir un jour une culture de l'inutile aussi vaste que la tienne ?", je considère comme un plaisant divertissement de m'inventer mille vies pour répondre au mieux à ces interrogations de la manière la plus consciencieusement farfelue qui soit. Mais, il est une question qui me pose toujours un cas de conscience : "Pourquoi es-tu un artiste, et pas moi ?".

S'il me prend occasionnellement - afin de répondre à cette interrogation - l'envie d'invoquer une lointaine parenté viking qui me pousserait à ouvrir aux hordes de Odin les plaines fertiles des écoutilles vierges de mes semblables, rêvant du chant lointain des valkyries, j'ai décidé en ce jour de prendre enfin mes responsabilités et de vous confesser une bonne fois pour toutes les raisons qui font qu'il m'arrive d'être un artiste, et vous, non. Mais, par où commencer, sans trop heurter votre sensibilité ?...

Les plus sournois d'entre nous - vous savez, les artistes - vous répondront qu'ils ont prêté leur existence à l'Art afin de donner un espoir à leurs semblables, en leur ouvrant une fenêtre intemporelle sur un monde plus beau que celui dans lequel nous survivons chaque jour un peu moins. Ils vous parleront de rives extatiques où l'âme prend enfin un repos mérité, où les émotions sont aussi belles qu'une aube au sommet d'une montagne perdue sous des neiges éternelles. Ils vous diront que sans eux - peintres, musiciens, poètes, et consorts - votre quotidien serait plus morne et abject qu'il ne l'est déjà. Qu'ils sont la seule bouée de sauvetage que vous croiserez au beau milieu de cet océan sans fond qu'est la vie et dans lequel vous êtes condamné(e) à vous noyer.

Et bien, figurez-vous que tout ceci n'est que foutaises éhontées et balivernes notoires, véhiculées dans le seul but de vous berner sur le dessein véritable des artistes.

Incroyable, non ?

Sérieusement : pensez-vous sincèrement que nous ayons été missionnés par une entité supérieure dans le but de vous soulager quelques instants de votre fardeau journalier ? Croyez-vous que nous soyons nés avec des dons que vous n'avez pas, juste pour étaler un baume bienfaisant sur les cicatrices béantes qui jonchent votre route chaotique ? Définitivement, non.

Nous, artistes de tous bords, sommes en ce bas monde pour finir de vous brouter la laine sur le dos en volant au creux de votre main tendue et offerte le peu que vous avez parvenu à garder, quand la vie en a terminé avec vous. Nous venons jusque dans vos demeures, dans le seul but de vivre de vos illusions et de votre déchéance, en vous menant à votre ruine, contre l'offrande utopique d'un monde meilleur. Sinon, comment expliquer que des marchands de rêve comme Christophe Maé, M. Pokora, Marc Lavoine, les BB Brunes ou encore Charles Azanavour (qui n'en finit plus de vivre), après avoir saccagé au fil des décennies les bourses des honnêtes gens que vous êtes, sans vergogne aucune, à grands coups d'albums à 25€ et de places de concerts valant au minimum le double, en viennent à signer une charte visant à vous interdire de faire acte de piratage, allant par la même à l'encontre de l'accès à la culture pour tous en vous traitant, implicitement, d'ignobles vandales sans scrupule aucun. Tout en vous faisant miroiter encore et encore le mirage d'un éden définitivement perdu, que l'on vous vendra à prix d'or.

Voyez par vous-mêmes : vous êtes devenus, sans vous en apercevoir, ces fermiers abattus et surchargés d'un harassant travail, qui cultivent à grande peine les terres arides de leurs existences monochromes pendant que nous, percepteurs un tantinet scribouillards d'un royaume illusoire, venons jusque dans votre sommeil, prendre votre beurre, l'argent de ce beurre, votre crémière et sa soupière.

Et si une fois cette prise de conscience amèrement consommée, il vous prend l'envie de crier vengeance à l'égard des grands mécènes de notre Art, méfiez-vous de nous, les artistes indépendants : car, nous sommes les pires de tous. Nous avons réussi à vous faire croire que nous appartenions à une scène délaissée, abandonnée à son propre sort par les autorités culturelles gouvernementales, bridée par un système pyramidal visant à donner toujours plus aux plus riches en répandant aux pieds lacérés des plus démunis les miettes d'un festin dont seules les senteurs exquises nous parviennent. Hérésie ! Aussi, prenez garde. Car, sous couvert de devoir subsister sous des conditions culturelles quasi apocalyptiques, nous sommes la pointe de la lance, ceux qui vous mèneront à votre perte prochaine et inéluctable, nous les artistes indépendants qui contribuons encore à vous laisser jeter un œil par l'entrebâillement de la porte, afin de distinguer une ultime fois ce que vos aînés nommaient encore l'Art.

Aussi, pensez bien que pour nous échapper, vous n'avez pas d'autre solution que de prêter allégeance, par un silence de circonstance, aux gouvernements actuels et à venir, ainsi qu'à leurs nombreux disciples. Et ce, afin que ces derniers s'emploient, contre monnaie sonnante et trébuchante, à vous maintenir en vie par un processus palliatif qui vous mènera, à plus ou moins long terme, à votre perte.

Il est désormais temps pour moi de vous souhaiter force et abnégation pour la suite de votre existence, à l'heure même où sort dans le monde entier le nouvel album de Johnny Hallyday...

jeudi 10 février 2011

Fatalisme, roue de secours et obstination.


Les handicapés sont des enfants gâtés.

La liste de leurs revendications est interminable. A peine obtiennent-ils une chose qu'ils en quémandent une autre. Des places de parking attitrées, des accès facilités aux infrastructures publiques, des emplois adaptés à leurs handicaps... La machination se s'arrête jamais !

Mais au final, que nous donnent-ils, les handicapés ?

Avez-vous déjà vu une personne souffrant d'un handicap physique aider une personne bien portante à traverser un passage piéton ? Jamais. Avez-vous déjà été le témoin ému du touchant spectacle d'un handicapé cédant sa place dans les transports en commun à une femme enceinte, portant en son sein un enfant en pleine santé, lui ? En aucun cas.

Et malgré cela, ils ont encore l'impertinence de faire entendre leur voix, quand elle est audible. Sans daigner prendre un instant en compte nos propres doléances à leur égard.

Tenez, l'autre soir, je me suis rendu à un spectacle. A la pause, l'envie d'aller soulager ma vessie se faisant pressante, je me suis dirigé prestement vers les latrines collectives. Devant l'effroyable attente qu'une file infiniment longue laissait supposer, je décidais d'utiliser les toilettes pour handicapés, non sans avoir vérifié qu'aucun d'eux ne se cachait dans cette procession de semblables obnubilés par un besoin analogue, caché derrière un panneau, à l'affut du premier contrevenant. Et bien, quel ne fut pas mon émoi quand, une fois à l'intérieur, je constatais avec embarras que rien ne m'était adapté : la cuvette était bien trop haute, le papier toilette inatteignable, sans parler du lavabo, désespérément éloigné du reste, la faute à un espace vital bien plus que conséquent, totalement contraire aux vespasiennes exigües dans lesquelles il nous faut le plus souvent soulager en silence le douloureux fardeau de nos entrailles pourrissantes.

Je peste encore devant le criant manque d'efforts consentis par les handicapés à l'égard des personnes qui ne le sont pas. A croire qu'il est dans leurs us et coutumes d'ostensiblement se moquer des difficultés quotidiennes que rencontrent dans ce monde impitoyable dévoué aux infirmes les personnes bien portantes. Sans parler de l'indifférence collégiale des invalides quant à notre bonne intégration dans notre bienveillante et attentionnée société... On croit rêver !

En dépit de ceci, tout reste prétexte à la jérémiade confraternelle. Pour autant, de mémoire d'homme au meilleur de ses capacités physiques, on n'a jamais vu un collectif  de handicapés se mobiliser et organiser une manifestation, sportive ou culturelle, dont les bénéfices seront reversés aux personnes bien portantes !

Ainsi, nous devrions continuer de la sorte, sans rechigner à la tâche, de donner à nos fortunés concitoyens sans en attendre un quelconque retour ? A les considérer comme nos égaux en tous points quand ils ne cherchent qu'à se distinguer en stigmatisant nos différences ?! A leur tendre une main aimante pour ne recevoir en retour qu'une prothèse commune et impersonnelle ??!!

Sans parler du fait qu'une classification des handicapés devient de plus en plus indispensable : cela nous permettrait de pouvoir enfin différencier le véritable handicapé de l'infirme de complaisance. De cette manière, nous pourrions plus aisément venir en aide à la personne incertaine de son handicap, usant par inadvertance du macaron de grand-mère afin de trouver une place de parking plus accessible au supermarché, et ainsi laisser le vrai handicapé se débrouiller pas ses propres moyens, dans un réel souci d'égalité, fidèle à l'esprit de leurs propres revendications.

Tout cela m'amène donc à penser qu'il devient urgent d'agir. Car, cela n'a que trop duré.
Aussi, dans cette optique, ai-je récemment fait l'acquisition de ce panneau :


Pancarte informative que je placerai donc sur ma place de parking, afin d'éviter qu'un handicapé sans scrupule ne vienne encore l'occuper de manière totalement délibérée.

Il ne manquerait plus que l'on se mette à leur place !

mardi 8 février 2011

Désacralisation d'une expression douteuse.


Mardi 8 février 2011. 9H30. Je viens de prendre une décision capitale quant au bon déroulement du reste de ma journée.

Je vais m'insurger.

Les motifs éventuels de cette insurrection spontanée sont nombreux et variés : je pourrais divaguer en digressions péjoratives sur ce tas errant de semblables bêlants dont il me faut supporter l'impromptue promiscuité durant les quatre prochaine heures de mon existence, emmitouflé que je suis dans un train qui n'a de confortable que le bénéfice qu'en retire la société nationale des chemins de fer. Tout comme il me serait plaisant de laisser libre cours à cette incompréhension tangible et dévouée que je traîne comme une ombre depuis une décennie, à l'égard cette même société, pour son assiduité remarquable et remarquée à collectionner les retards.

Mais, tout cela - ne serait-ce que par respect pour cette singulière misanthropie dans laquelle je me drape souvent pour vous écrire - me parait un tantinet facile et horriblement trivial. Aussi, ai-je décidé de m'attaquer en ce jour à un sujet de réelle envergure.

Un sujet sensible, car j'ai décidé de frapper de ma véhémente virulence - employée à des fins totalement vaines - les abonnés absents de l'école du bon sens, qui emploient à tout va et surtout sans y réfléchir, avec un panache endeuillé par le grotesque de leur ânerie, l'expression consacrée " Etre con comme un manche ".

Là où la plupart de vos semblables - et je vous prie de croire que cela fait beaucoup - ne voit qu'une expression populaire à employer au coin d'une discussion banale pour signifier la balourdise d'un concitoyen, je souffre de voir une grandiloquente insulte à l'encontre d'une famille d'accessoires dévouée qui, depuis des millénaires, s'emploie à servir l'homme, plus fidèlement que ne le ferait une pince à cheveux, ou encore une femme.

Songez-donc : vous amuseriez-vous à planter des clous, si les marteaux n'avaient pas de manche ? Goûteriez-vous le plaisir raffiné d'une bavette aux échalotes confites, sans un manche pour tenir le couteau avec lequel vous découpez aisément la dite viande ? Définitivement, non.

Parce que si l'on prend un instant afin d'y réfléchir, pour en arriver à décréter qu'un manche est con après lecture des exemples énoncés au-dessus, il faudrait être nécessairement encrotté jusqu'au cou dans uns stupidité affligeante, vaguement équivalente à celle qui poussa une ministre des affaires étrangères et européennes de la république française à prendre un jet privé pour survoler un pays à feu et à sang, en compagnie d'un sympathisant de l'ancien régime, quelques paires de jours seulement après avoir proposé au dictateur de cet ancien protectorat français l'expérience et la savoir-faire des services d'ordre de notre belle contrée démocratique, récemment mis en exergue lors d'une sympathique accolade avec des manifestants, en gare d'un petit village du Gard...  Ou alors, il faudrait être l'innocente victime d'une suffisance que l'on ne retrouve plus guère que dans la rédaction d'un hebdomadaire musical qui répond au nom d'un jeu de mots des plus pathétiques, mais dont je tairais ici le nom, dans un souci que je prendrai soin de définir plus tard.

Ce constat dressé, quant à l'inconsistance sommaire de cette expression, vous aurez bien évidemment remarqué que la vindicte populaire veut que l'on dise ou écrive " con(ne) comme UN manche "... Pardonnez l'outrecuidance de mon indignation, mais je trouve cela proprement scandaleux ! Au nom de quelle malavisée galanterie pourrait-on privilégier une manche à son illustre masculin ?!  

Sans parler de l'utilité discutable de cette dernière, comparée aux fonctions diverses et indiscutables de son viril homologue... Pensez-vous sincèrement pouvoir gravir l'Everest, avec une manche au bout de votre piolet ? Non. Le concept de manches escamotables n'est-il pas assez révélateur quant à l'intérêt divertissant de celles-ci ? Alors qu'enlever le manche du gourdin d'un agent de la force publique le rendrait soudain aussi conciliant et réfléchi que n'importe quel manifestant ferroviaire un tantinet civilisé...

En conclusion de ce brillant exposé, devant la mise à nu de l'hérésie collégiale qui entoure l'expression " Etre con comme un manche ", au regard de l'argumentation irréfutable que j'ai soumise à votre lecture assidue, devant l'implacable logique qui guida mon raisonnement empli d'abnégation pour une noble cause, je vous invite à décliner désormais cette expressions sous sa forme féminine, afin que soit enfin effacée une abjecte erreur, qui perdure depuis trop longtemps.

Aussi, dirons-nous à l'avenir : " En 2012, ne soyez pas con(ne) comme UNE manche : réfléchissez, avant de voter. Pas comme en 2007... "

PS : Le balai-brosse est TOTALEMENT exclu de ce raisonnement, de part ma seule volonté.

vendredi 4 février 2011

Intemporalité et dénominations communes.


Amateur averti de nouvelles expériences et de sensations fortes, fervent défenseur des démonstrations les plus empiriques, j'ai décidé de vous livrer aujourd'hui les résultats d'une expérimentation novatrice à laquelle je me suis plié. Et ce, afin d'aller un peu plus loin dans ma connaissance de cette chose qui me sert de congénère, la plupart du temps qu'il m'est donné de vivre en ce bas monde destiné à une fin prochaine : l'être humain.

C'est à mon réveil que cette pertinente idée vint frapper à la porte de mon esprit encore embrumé, avec l'insistance des grandes doctrines en devenir. Je devais donc me consacrer tout entier à la tâche, avec cette application zélée et cet entrain philosophique que seuls partagent les chercheurs, les aventuriers et les pêcheurs à la mouche.

J'étais encore incertain du résultat de mon investigation et de ma démarche scientifique quand l'envie pressante d'aller soulager ma panse de son fardeau journalier dans la cuvette dévouée et emplie d'abnégation de mes latrines vint troubler ma quiétude matinale : c'était là le signe que j'attendais, marquant le point originel de mon expérimentation.

Ignorant les aléas collatéraux du à la disposition quelque peu chaotique du mobilier de mon humble demeure, je courais à la salle de bains, brûlant de l'ardeur du visionnaire, afin d'y effectuer une pesée de ma carcasse avant délivrance.

L'affichage numérique de la balance m'indiqua alors le nombre de 81.6 kilogrammes.

Je me précipitais aux vespasiennes et sans plus de temps qu'il n'en faut pour appréhender la beauté fugace de la dernière déclaration * en date du secrétaire d'Etat au logement (ndlr : Benoist Apparu), qui trouvait en ces lieux un propice réceptacle, je fis ce que j'avais à faire. Puis, avec un exalté empressement, je revins vers l'outil de pesée, afin de ne perdre le fil encore ténu de mon raisonnement.

Cette fois-ci, l'instrument indiqua 81.1 kilogrammes.

A cet instant, j'avais en ma possession l'intégralité des éléments qui, inexorablement, m'amenaient au pied d'une conclusion qui s'imposait comme une évidence irréfutable. Estimant - dans un souci de rigueur purement méthodologique - avoir fait à l'antre des flatulences une offrande somme toute commune, dans son poids et sa taille, il devint alors axiomatique à mes yeux que chaque jour, une majorité d'êtres humains véhicule en son ventre une moitié de kilogramme de fiente.

Voici un enseignement indubitable qui devrait redonner un peu d'humilité à celles et ceux qui ont l'outrecuidance de péter plus haut que leur cul.

* A savoir, « J'admets que la situation est grave, mais je n'admets pas que la situation est de plus en plus grave. A l'inverse, je ne voudrais pas dire que la situation s'améliore, mais en tous cas ce gouvernement a pris la mesure de la situation. »

lundi 31 janvier 2011

L'uniformisation par l'ébullition.


Depuis notre plus jeune âge, on nous parle de phénomènes plus ou moins abstraits, auxquels il sera pour certains ardu d’échapper, une fois parvenu à l’âge adulte.

Passons outre les manifestations chroniques de l’instinct grégaire humain auxquelles peu d’individus se soustraient, comme le fait d’enfanter de manière inconsidérée, ou celui de parler de la France d’antan avec un léger mais insupportable trémolo dans la voix. Aujourd’hui, nous allons faire face à ce concept obscur qui sévit, à la faveur de la pénombre d’une quelconque inattention passagère inéluctable dans la vie de tout un chacun, pour impitoyablement entraîner ses victimes dans des abîmes insondables d’où ne parviennent que l’écho diffus et lointain de leurs plaintes monocordes : l’uniformisation.

Tout d’abord, l’uniformisation : quézako ? C’est un processus qui fait disparaître les caractéristiques distinctives des différents éléments ou individus d’un ensemble et qui tend à leur donner une forme unique. Cette notion confuse, dont vous sentez parfois le souffle putride courir sur votre nuque offerte, lorsque vous vous surprenez, entassé(e) dans une rame bondée du métro parisien *, perdu(e) au milieu d’un flot incessant d’odeurs et de senteurs humaines et fétides, supportant ce supplice pour gagner un pain quotidien vous tenant à bout de bras juste au dessus du seuil bien nébuleux de la misère, humaine et sociale. Et alors que vous promenez un regard hanté par l’incompréhension et l’épouvante de vous constater ainsi semblable à vos prochains, vous fermez les yeux, sur la foi d’un « Oui, mais moi, ce n’est pas pareil… », vous abandonnant entièrement au destin d’un train nommé Uniformisation.

Cependant, point de grands cours théoriques aujourd’hui, ni d’interminables discours. Mais, une brève démonstration en quelques étapes, réalisable par le plus grand nombre, que je me plais à penser simplement brillante. Cela afin de démontrer une bonne fois pour toutes les effets dévastateurs de l’uniformisation, au travers de ses implacables mécanismes.

Pour ce faire, point de grands besoins en matériel : une casserole, de l’eau et une source de chaleur suffiront.

PREAMBULE.

Considérons que la casserole représente la société actuelle et que les bulles sont les individus qui composent cette société, l'eau étant le socle commun sur lequel évoluent les dites entités et sa surface, le lieu où chaque jour se meuvent des millions d'être humains.

ETAPE 0.

 
Remplissez la casserole à moitié d'eau froide et posez la sur la dite source. Placez le thermostat sur le maximum des capacités du mécanisme chauffant, puis appliquez vous à une minutieuse observation des événements qui vont irrémédiablement se produire.

ETAPE 1.


Lors de cette première étape, vous pouvez voir se former sur le fond de la casserole des dizaines de bulles minuscules, générées par la répartition naissante de la chaleur sur le métal conducteur, comme des milliers de naissances dont est témoin chaque jour notre bonne vieille société dite moderne.

ETAPE 2.


Les premières bulles remontent à la surface de l'eau, comme pour explorer de leurs individualités ce monde nouveau qui s'offre à elles. Libres et indépendantes, elles se meuvent sans difficulté à la surface de l'eau, sans être gênées par leurs semblables. La casserole n'a que peu d'effets sur elles, si ce n'est celui de les pousser à grandir et à s'émanciper, leur conférant ainsi l'illusion d'une certaine liberté. Comme le ferait – n'est-ce pas surprenant ? - notre faussement bienveillante société.

ETAPE 3.
  

Un nouveau mouvement naît à la surface de l'eau : des bulles, cherchant avec hésitation leur direction sur le fil du liquide, se regroupent, formant ainsi une sorte de conglomérat plus difficile à manœuvrer, qu'il serait ardu de vouloir séparer en cet instant. Ces groupes sont ainsi moins sujets à suivre les mouvements de chaleur engendrés par la cuisson progressive et donnent l'impression quelque peu fausse d'une indépendance à l'égard de certaines obligations voulues par les lois de la physique, comme le ferait un groupe d'individus à l'égard de phénomènes de sociétés dont il voudrait résolument s'affranchir.

ETAPE 4.


Les groupes de bulles sont irrémédiablement déportés sur les bords de la casserole et s'y accolent, dans une sorte de quiétude qui ne sera en aucun cas troublée dans l'immédiat. Les autres bulles, au centre de la casserole, virevoltent en un ballet incessant à la recherche d'autres bulles, afin de s'allier en de multiples groupuscules, pour mieux résister aux effets grandissants de la chaleur, comme pour se protéger d'un danger imminent. Seules de rares bulles demeurent seules et semblent perdues et isolées au milieu de phénomènes commençant à les dépasser.

ETAPE 5.


Les groupes de bulles stationnés au bord de la casserole ont disparu, happés par les prémices de l'ébullition prochaine alors qu'ils semblaient à l'abri de tout danger, surpris qu'ils furent dans la douce torpeur née d'une illusoire émancipation. Ne subsistent dans cette masse diffuse qu'est devenue la surface de l'eau que quelques bulles, devenues incroyablement rares, subissant de plein fouet les effets de la cuisson, s'agitant sans réel but sous la chaleur montante, cherchant à échapper à grand peine à l'inéluctable.

ETAPE 6.


L'eau bout. Sa surface n'est qu'un chaos brûlant ayant avalé l'intégralité des bulles préexistantes et faisant disparaître presque instantanément celles qui arrivent à sa surface, qui ont grandi bien plus rapidement que leurs ancêtres. Ces nouvelles bulles ne connaîtront jamais le goût de la vraie liberté d'agir et de penser par soi-même, happés qu'elles seront dans un tout, à peine parvenues à maturité. Elles n'en aurons qu'un vague aperçu par les traces que certains prédécesseurs auront laissé derrière eux, dans le but de témoigner d'une époque qui n'est plus. Et ne sera plus, à moins d'agir directement sur les phénomènes engendrés par la casserole elle-même.

CONCLUSION.

Vous aurez remarqué que pour parvenir à un tel résultat, la casserole a agi sans se précipiter, avec une lenteur étudiée, afin de parvenir à ses fins sans éveiller les soupçons du plus grand nombre. Ainsi, les bulles ont eu l'illusion éphémère mais persistante jusqu'au dernier instant d'être maîtres de leur destin, avant de réaliser qu'il n'en était rien : il était alors trop tard, tant l'ébullition était proche. Et malgré quelques réticences manifestées de-ci ou de-là, les dernières bulles récalcitrantes ont été submergées par un phénomène qui les dépassait sous tous les aspects, prouvant ainsi qu'une prise de conscience globale eut été nécessaire à la survie des bulles et de leurs libertés, avant que l'ultime ligne rouge ne soit franchie. Menant le communauté des bulles à sa disparition finale.

Je vous laisse donc à une seule et unique question, en guise de conclusion : regarderez-vous l'eau frémissante de la même manière dorénavant, comme le ferait une bulle, bercée dans un illusoire confort trop chaleureux pour être franc et honnête ?

Je vous laisse : je vais me préparer un potage.

* Cet exemple est valable pour tout autre mode de transport en commun dans lequel il est donné d'expérimenter au plus proche de la réalité le concept répugnant de promiscuité.